Bénédictines de Sainte Bathilde

A Martigné, les oblates à l’ombre du Concile Vatican II

lundi 5 mars 2012

La mise en route :

Se mettre à la lecture et à l’étude du Concile Vatican II, en cette année 2012 (cinquantième anniversaire de son ouverture) n’enchantait pas grand monde dans les rangs des oblates de Martigné-Briand, mis à part quelques-unes avides de formation et de connaissance ecclésiale mais qui s’étaient également réjouies lors d’une précédente journée d’étude sur le « sacerdoce commun des fidèles ».

C’est en faisant mémoire de cette dernière étude qui avait fortement marqué le groupe, que l’enthousiasme monta dès l’approche des premiers textes puisque nous allions retrouver cette notion à sa place dans le chapitre II de Lumen Gentium.
Que de découvertes heureuses ! que de « perles » comme le dit l’une d’entre elles ! Quel souffle ecclésial de liberté, de réflexion suscitée, de débats levés, d’échanges fraternels ; quelle joie de pressentir cet Esprit-Saint qui avait tout à coup envahi l’Eglise, il y a 50 ans grâce au pape Jean XXIII et au pape Paul VI, et qui persistait à « souffler » aujourd’hui !

le Pape Jean XXIII Le Pape Paul VI

Il s’agissait donc de réfléchir à l’ombre du Concile pour prendre conscience de la richesse de cette « révolution » et en témoigner. Oui, en témoigner à cause des temps où nous vivons, temps de contestation et de remise en cause de cet « esprit » et de l’« Esprit » du Concile par la « minorité conservatrice » qui s’est faite connaître au Concile, et qui existe toujours aujourd’hui : nous voyons en effet fleurir des faits et gestes qui tirent en arrière cet « aggiornamento » qu’a été ce Concile Vatican II ! et il faut résister ! et donc il faut nous donner les moyens, à savoir se mettre à l’étude du contenu de ce Concile.
Derrière cela se joue bien sûr, la fidélité au Concile et à l’Eglise. Et pour qu’il y ait « fidélité » il faut connaître ce Concile, posséder les textes pour pouvoir tenir notre place intelligemment et sûrement dans les « débats » actuels et à venir, là où nous sommes ! Il nous semble essentiel de ne pas seulement avoir des réactions et des arguments d’affectivité liturgique, mais des arguments théologiques et doctrinaux !
A ce propos on pouvait lire dans le journal La Croix du 18 octobre 2011 : « L’Eglise veut se réapproprier Vatican II !..... dans un contexte de remise en cause du concile, elle devrait laisser une grande place aux débats ». … Voilà ! Nous y sommes en plein !

La Liturgie :

La première question que Vatican II aborde en 1962 est celle de la Liturgie, lieu fondamental de la vie chrétienne : la communauté se réunit pour célébrer les louanges de Dieu, pour se ressourcer en écoutant la Parole et en célébrant l’eucharistie. D’où la Constitution Sacrosanctum Concilium (La Sainte Liturgie) du 4 Décembre 1963, premier texte que nous avons étudié.
Nous nous sommes d’abord souvenus que cette immense réforme liturgique n’est pas née de rien. Les questions que la commission liturgique conciliaire eut à examiner avaient déjà suscité intérêt et passion dans le peuple chrétien et particulièrement dans le monachisme…
Dès le début du XX° siècle en effet, un « mouvement liturgique » avait été lancé par le bénédictin belge de l’Abbaye du Mont-César : Dom Lambert Beauduin (1873-1960) dans le but de pousser les fidèles à être « participants » ; Dom Lambert fut l’artisan principal du Mouvement Liturgique de 1909 à 1914 (Le centenaire du Mouvement Liturgique, 1909-2009 a été fêté en 2009) Ses intuitions pour un renouvellement de la liturgie furent nourries par son grand souci de s’adresser à l’homme de la rue.
Dom Lambert BeauduinDom Lambert développa beaucoup la dimension ecclésiologique mais relativement peu, du moins de manière explicite, la dimension pascale de la liturgie. D’autres théologiens du Mouvement Liturgique le firent : le P. Louis Bouyer (1913-2004) en France (un temps moine à St Wandrille puis oratorien et professeur à la Catho de Paris) ; Dom Odon Casel, osb de l’Abbaye de Maria-Laach (1886-1948), le P. Aimé-Georges Martimort, (1911- ) passionné d’histoire de la liturgie, actif au CPL. N’oublions pas que le monastère de Vanves abrita dans ses murs les débuts de ce mouvement liturgique, ( cf. les 1ers numéros de la revue de la Maison-Dieu).
Ce qui est nouveau à Vatican II, c’est l’association étroite du « Peuple de Dieu » à la célébration : l’utilisation large des langues des nations et de l’inculturation de la liturgie entre autres. Quel bonheur que la liturgie malgache Ankalazao, quand on l’a expérimentée et vécue ! dit notre oblate malgache. Quel bonheur de chanter, de célébrer dans toutes les langues ! quelle vie et quelle richesse dans ces langues des nations ! c’est incomparable !...
Nous venons d’évoquer l’importance de la langue véhiculant le culturel, mais il y eut aussi débat, dans les débuts du Concile, sur deux autres points d’intérêt, aussi important théologiquement et même pastoralement : la possibilité de la communion sous les deux espèces (redécouverte de la pratique des Pères des 1ers siècles), et la concélébration des prêtres.
Nous nous sommes arrêtées plus longuement à l’Office Divin « l’Opus Dei » des moines et des moniales ; la Liturgie des Heures, « Prière du temps présent » ; cette « liturgie des heures » qui est pour tous les chrétiens et pas seulement pour les moines et les moniales !
L’Office divin en effet, est une forme de prière particulière, supérieure à toute autre parce qu’il est, en raison de sa nature même, célébration du mystère du Christ. L’Office Divin embrasse, dans sa totalité, le mystère de la rédemption : l’annonce du salut, son accomplissement dans le Christ, son extension dans l’Eglise jusqu’à son achèvement eschatologique. La célébration de la totalité du mystère se déploie dans le temps au rythme des jours, des semaines, des années (cycle quotidien, hebdomadaire, annuel). Mais ce triple cycle n’en propose pas moins toujours l’unique « événement pascal », ce passage par lequel Dieu, dans le Christ, porte à son achèvement la libération des hommes ; Pâques et tout son déploiement liturgique ! Ce fut une prise de conscience immense pour tout le groupe des oblates de la nécessité d’être attentives à toute « célébration liturgique » si essentielle à la vie.

Les instruments de communication sociale :

Poursuivant notre exploration des textes, nous avons abordé le Décret Inter Mirifica (Les instruments de communication sociale) du 4 décembre 1963, très peu connu dans notre groupe. Ce texte insiste sur la nécessité des devoirs à l’égard des instruments de communications sociales avec la primauté de la morale « car seul l’ordre moral atteint l’homme créature de Dieu dotée de raison et appelé à la vie éternelle … » (n° 6). Un débat s’instaura dans notre groupe sur la formulation et la compréhension de ce texte, ce qui souligna l’intérêt réel qu’il suscita. Naturellement nous pouvions aussi mesurer la distance de ce texte, puisqu’on ne parle pas encore d’Internet au Concile, avec le monde de notre temps ! Cependant ce texte montre bien des intérêts. Il souligne aussi fortement l’ « importance de bien former l’opinion publique » : « L’opinion publique exerçant de nos jours une puissance et une très grande autorité au point de s’imposer à la vie tant privée que publique des citoyens quels qu’ils soient » …. Il y a un « devoir de vérité et de charité à exercer », dit le texte ! (n°8). Cette expression : « opinion publique » a de l’importance car elle nous renvoie au sensus fidei du peuple de Dieu, nous le verrons, et pour cela il s’agit de « se former sur tous les événements, un jugement chrétien » (n° 14)

L’ère du Web :

A l’ère du « zap » et du « clic » nous sommes devant le défi d’une parole d’Eglise. Et nous avons été amenées, dans notre réflexion, à considérer ce nouvel outil d’évangélisation que peut être Internet. Déjà le pape Jean-Paul II, pour la Journée mondiale des communications, n’y allait pas par quatre chemins : « j’exhorte toute l’Eglise à franchir courageusement ce seuil, à prendre le large dans les profondeurs d’Internet, afin qu’à présent comme par le passé, le grand engagement de l’Evangile et de la culture puisse montrer au monde « la gloire de Dieu qui est sur la face du Christ ». De même Benoît XVI le 24 avril 2010 déclarait : « Nous voulons sans peur avancer au large sur la mer numérique, en affrontant la navigation ouverte avec la même passion qui depuis deux mille ans gouverne la barque de l’Eglise ». Les sites de nos communautés monastiques sont déjà une réponse à cette « exhortation ».
L’appel est clair ! et n’ayons pas peur d’Internet ! le web est un outil qui, en lui-même, est moralement neutre ! C’est l’usage qu’on en fait qui est bon ou mauvais, il ne faut pas l’oublier. « Quand deux ou trois sont connectés en son Nom… » (Lire à ce propos « Dieu et Internet » de J.B. Maillard).

L’Eglise :

Avec la Constitution dogmatique, Lumen Gentium du 21 Novembre 1964, c’est le premier Concile qui va produire un texte sur l’Eglise ! Nous avons relevé quelques notions essentielles de ce texte révolutionnaire : le mystère de l’Eglise, le Peuple de Dieu et enfin et seulement en 3ième position, la constitution hiérarchique de l’Eglise, voilà une classification nouvelle !
Cela veut dire qu’on va d’abord se pencher sur le sens profond de l’Eglise et le Peuple de Dieu dont on va prendre en compte et souligner le « sens de la foi » du peuple chrétien. Qu’est-ce donc que ce sensus fidei ? Les n°12 et 35 de LG en donnent les caractéristiques fondamentales : « L’ensemble des fidèles (universitas fidelium), ayant l’onction qui vient du Saint (1Jn 2,20 ; 1Jn 2,27), ne peut se tromper dans la foi ; ce don particulier qu’elle possède, elle le manifeste par le moyen du sens surnaturel de foi qui est celui du peuple tout entier, lorsque, « des évêques jusqu’aux derniers des fidèles laïcs, elle apporte aux vérités concernant la foi et les moeurs un consentement universel (universalis consensus) . Grâce en effet à ce « sens de la foi » qui est éveillé et soutenu par l’Esprit de vérité et sous la conduite du magistère … qui permet de recevoir non plus une parole humaine, mais véritablement la Parole de Dieu (1Th 2,13), le Peuple de Dieu s’attache indéfectiblement à la foi transmise aux saints une fois pour toutes (Jude 1,3) ». Ce sensus fidei trouve sa racine biblique dans la promesse du Christ faite aux disciples dans son dernier discours alors qu’il leur annonce l’assistance de l’Esprit Saint comme celui qui dévoile et conduit dans la vérité tout entière, « … mais quand il viendra, lui, l’Esprit de vérité, il vous conduira dans la vérité tout entière … » (Jn 16, 12-13). La 1ère Lettre de Jean précise le rôle de l’onction baptismale dans cette connaissance « Quant à vous, l’onction que vous avez reçue de lui demeure en vous, et vous n’avez pas besoin qu’on vous enseigne. Mais puisque son onction vous instruit de tout, qu’elle est véridique, non mensongère, comme elle vous a instruits, demeurez en lui » (1Jn 2,27 ; 2,20). C’est bien toute l’Eglise (universitas fidelium) qui est soumise à la foi et ce « sens de la foi » est donc toujours en lien avec la communauté ecclésiale. A ce titre il est inséparable du « consensus de la foi » de tous les fidèles (consensus omnium fidelium). On parle aussi à ce propos de sensus fidelium, littéralement de « sens des fidèles » que les pasteurs se doivent de prendre en compte dans le discernement de la volonté de Dieu.

Parole de théologien :

Le théologien Claude Geffré op, parlant des critères de vérité d’un enseignement de l’Eglise, écrit ceci : « le critère de la réception correspond à ce qu’on appelle aussi le sensus fidei. Mais c’est une notion encore trop abstraite. Il est préférable de parler de consensus fidelium, et dans le mot consensus il n’y a pas seulement l’adhésion à un même contenu de la foi, il y a l’idée d’un partage ou d’une unanimité dans la foi. Je n’entends pas par là soutenir que le seul critère de vérité d’un enseignement de l’Eglise soit sa réception … Nous savons qu’il y a des enseignements authentiques qui ne sont pas reçus. Nous ne dirons pas qu’ils sont faux pour autant. Mais on est cependant en droit de s’interroger sur l’opportunité de la formulation de cet enseignement et de la justification qu’on en donne. En tout cas il serait abusif de prétendre que l’Esprit-Saint est le privilège exclusif de l’Eglise dite enseignante. Il y a aussi un instinct de la foi qui est réparti dans l’ensemble des fidèles comme témoins de la foi. Cet instinct permet de reconnaître si un enseignement est dans un lien organique avec ce qui est le centre même de la foi : à savoir l’événement Jésus-Christ. Cela rejoint ce qu’on appelle la « hiérarchie des vérités » qui a été mise en avant par le concile Vatican II dans son Décret sur l’œcuménisme ». (cf. Croire et Interpréter, p.30-31). Ainsi notre groupe des oblates avance dans la connaissance de cet « événement » planétaire que fut ce Concile Vatican II et qui nous réserve encore bien des surprises, des « perles » pour notre vie chrétienne et notre enracinement dans le Christ et beaucoup de joie.

A suivre …

S. Samuel

 
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