Bénédictines de Sainte Bathilde

ASCENSION

lundi 10 mai 2021

« Voici que je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin du temps. » Matthieu achève son Évangile sur cette affirmation, et Luc : « Jésus les conduisit jusque vers Béthanie. Là il éleva les mains et les bénit. » Présence et bénédiction : deux réalités fortes, existentielles : être là et dire le bien. Jésus quitte le monde en bénissant, c’est-à-dire en faisant advenir le bien.

Nous n’aimons pas la mort. Nous n’aimons pas les ruptures, les départs. Non, nous ne sommes pas faits pour la mort, pour la perte. L’absence renvoie à la finitude, si insécurisante, et elle donne à la vie un goût étrange, qui mêle angoisse et espérance. Nous n’aimons pas quitter ou être quittés.

L’Ascension peut avoir cette coloration aigre-douce de fin d’un temps : il faut que des anges rassurent les Apôtres, alors qu’ils voient s’éloigner Jésus. Pourtant il a toujours pris soin de les préparer à la séparation : annonces de la Passion, mais aussi d’une mystérieuse présence que rien ne pourra supprimer.

« Moi, je demanderai au Père de vous donner un autre Protecteur qui sera pour toujours avec vous. … Encore un peu de temps et le monde ne me verra plus, mais vous, vous me verrez, puisque je suis vivant et que vous aussi vous vivrez. » [Jn 14,16-19]

Ces mystérieuses paroles où se conjuguent l’expérience tragique de la Passion et celle de la fin des apparitions du Ressuscité, rendent compte de l’unique réalité : Jésus est le Seigneur, Emmanuel (Dieu-avec-nous) jusqu’à la fin du temps. Mais sous quel mode ? Ces annonces de « retour », d’envoi d’un autre Paraclet, que signifient-elles ? Les Apôtres, avouons-le, ont connu la même perplexité. Certes, ils ont vu, touché, entendu le Verbe de Vie [1Jn 1,1], mais devant l’épreuve de l’absence, le doute ronge…

Comme il ronge nos pensées, jusqu’à parfois devenir révolte, amertume ou indifférence. Vaste chantier ! Encore et encore reprenons modestement le cœur de notre foi.

« Voici que je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin du temps. » Matthieu achève son Évangile sur cette affirmation, et Luc : « Jésus les conduisit jusque vers Béthanie. Là il éleva les mains et les bénit ; et tandis qu’il les bénissait, il se sépara d’eux, emporté dans le ciel. » Présence et bénédiction : deux réalités fortes, existentielles : être là et dire le bien. Jésus quitte le monde en bénissant, c’est-à-dire en faisant advenir le bien. « Je vous laisse la paix », je vous laisse le bien, je vous laisse l’amour.

Présence… Peut-on parler de présence quand on ne voit plus rien ? Bien sûr, parfois, il nous semble (c’est même souvent vrai !) sentir l’absent, l’être cher qui a disparu, le sentir là, près de nous. Et le voile retombe. Nous vivons cela avec Dieu – avec le Christ. Présence intermittente ? Le mot est décalé, sauf à dire que l’amour est intermittent. Mais enfin, quel est cet « être-là » que l’on confesse et que l’on ne ressent que fort peu ?

Présence réelle ? Inévitablement l’expression surgit ! Nous avisons-nous de sa bizarrerie ? Une présence EST ou elle n’est pas, qu’elle soit dite réelle n’ajoute rien ! Je sais bien que la formule avait son petit côté polémique, quand il fallait affirmer, face aux détracteurs, que le Seigneur est réellement présent dans les Espèces eucharistiques, mais si désormais on goûtait, on savourait la plénitude de ce mot présence ?

Présence du Christ, comme il l’a promis, dans la trame de nos vies : dans l’amitié ou l’amour, dans la célébration, en communauté ecclésiale, de son mémorial, dans la beauté de la création… Présence du Seigneur vainqueur de la mort dans le deuil et la détresse, dans la hideur du mal et l’atrocité du péché… Présence de Jésus dans l’humble banalité du quotidien…

Mais quand tout est terne, ou même affreux, où est Dieu ? « Mon Dieu, tu sembles assez peu capable de modifier une situation finalement indissociable de cette vie. Je ne t’en demande pas compte, c’est à toi au contraire de nous appeler à rendre des comptes, un jour… C’est à nous de t’aider et de défendre jusqu’au bout la demeure qui t’abrite en nous. »

Au cœur de la tourmente, la voix de la jeune Juive, Etty Hillesum. « J’ai en moi une immense confiance. Non pas la certitude de voir la vie extérieure tourner bien pour moi, mais celle de continuer à accepter la vie et à la trouver bonne, même dans les pires moments. »

 
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