Bénédictines de Sainte Bathilde

ASSOMPTION

samedi 17 août 2013

Quelle est celle-ci qui monte... ?

« Lors de l’Assomption de la Vierge, les anges demandèrent à trois reprises quel était son nom ; on peut le conclure de ces trois passages du Cantique des Cantiques :

Quelle est celle-ci qui monte du désert comme un nuage d’encens ? 3,6

Quelle est celle-ci qui s’avance comme une aurore naissante ? 6,10

Quelle est celle-ci qui s’élève du désert, nageant dans les délices ? 8,5

Pourquoi, se demande Richard, pourquoi les anges répètent-ils tant de fois leur question : Quelle est celle-ci ? C’est sans doute, répond-il, afin d’entendre répéter le nom de Marie, tant ce nom résonne délicieusement à l’oreille des anges eux-mêmes.

Saint Alphonse-Marie de Liguori Les Gloires de Marie. X

Et voici le psaume 44, chanté après la première lecture de la Messe de l’Assomption, louange, lui aussi, de cette humble femme d’Israël en qui « le Puissant fit des merveilles » !

Fille de roi, elle est là, dans sa gloire, vêtue d’étoffes d’or ; on la conduit, toute parée, vers le roi.

Des jeunes filles, ses compagnes, lui font cortège ; on les conduit parmi les chants de fête : elles entrent au palais du roi.

Quelle est celle-ci qui monte, qui, de la terre, s’élève au plus haut des cieux ? Quelle est celle-ci que l’on dit sans péché ? Quelle est celle-ci que l’on dit l’une de nous et dont la gloire pourtant semble inaccessible ? « …une femme, ayant le soleil pour manteau, la lune sous les pieds, et sur la tête une couronne de douze étoiles. »

Qui es-tu, Marie de Nazareth, Marie de Bethléem, Marie de Jérusalem ?

Sous l’ombre de l’Esprit annoncée par Gabriel, la vie de Marie n’avait rien qui attirât le regard, peut-être juste un peu de douceur et de paix. Mais qui savait l’étonnante nouvelle apportée par l’ange, dans l’intimité de sa vie sans histoire, et l’eût-on connue, qui pouvait en percer le sens ? Marie, qui interrompt un moment son ouvrage, ou sa prière, pour entendre la Voix lui dire : « Voici que tu vas enfanter un fils », elle qui savait que ce n’était pas possible, a consenti et paisiblement a repris ce qu’elle faisait. Puis, elle s’est hâtée à travers les collines de Judée, vers sa cousine, Élisabeth, la femme stérile dont on savait qu’il n’était pas possible qu’elle enfantât.

Marie de Nazareth, de la vie cachée, jour après jour, de l’humble quotidien, où perce l’étonnant…

Jeune femme enceinte, de nouveau sur la route, elle médite en son cœur l’inouï qui a changé sa vie et dont elle ne connaît pas tout. Et à l’étape, elle écoute Joseph, puis, ensemble, doucement, ils se taisent. Bientôt ce sera Bethléem, et l’enfant naîtra.

Marie de l’Incarnation, de la promesse qui prend chair, Marie qui regarde l’enfant, et c’est le Fils de Dieu.

« Je suis là » : qui le dit, de la mère ou du fils ? Au pied de la croix, où tous deux ensemble, ils consentent, elle est debout devant l’enfant de la promesse qui meurt.

Marie de Jérusalem… L’amour est fort comme la mort. Et il l’emporte sur elle, dans la grande brisure du cœur qui consent.

Marie de l’espérance, Marie du grand silence.

Toutes nos brisures, nos doutes, nos amertumes sont là, devant elle, dans les plaies de son fils, le Roi de gloire qui meurt sur une croix.

Venez contempler, filles de Sion, venez contempler le Roi, portant le diadème dont sa mère l’a couronné au jour de ses épousailles, au jour de la joie de son cœur. (Cantique 3, 11)

O mon fils défiguré, je te vois, mon unique, portant la hideur du monde. Les épines ont couronné ta tête, blessé ta chair. Tout ton corps n’est que plaie et mes larmes se mêlent à ton sang, venu de ma chair et autre cependant.

Admirable échange… O mère, fille de roi, tu n’as pas mis sur ma tête le diadème royal, mais vois : les gouttes de sang sont gemmes, et ce sang, tien et divin, est celui de l’alliance, épousailles de la terre avec moi.

Notre Dame des douleurs, Notre Dame de compassion. Comment pourrait-elle effrayer, cette mère qui partage la souffrance de tant de femmes ?

La sainteté de la Vierge, loin de l’éloigner, la rend proche, mère que l’on invoque : « Prie pour nous, pauvres pécheurs… »

Quelle est celle-ci qui monte du désert, de toutes les ruines de la terre dévastée, de nos cœurs abîmés qui ne parviennent plus à aimer.

Quelle est celle-ci que la douleur a pétrie, que l’amour a soutenue, qui sans un mot sait le désir qui nous taraude, celui de l’amour fou qui souvent va se perdre dans les marais de nos cupidités, de nos déceptions.

« Pour la bien prier, il faut sentir sur soi ce regard qui n’est pas tout à fait celui de l’indulgence - car l’indulgence ne va pas sans quelque expérience amère - mais de la tendre compassion, de la surprise douloureuse, d’on ne sait quel sentiment encore, inconcevable, inexprimable, qui la fait plus jeune que le péché, plus jeune que la race dont elle est issue et, bien que Mère par la grâce, Mère des grâces, la cadette du genre humain. » Georges Bernanos (Journal d’un curé de campagne)

Contemplons une femme, créature de même nature que nous, transfigurée pour avoir cru, de tout son être, à l’amour : cette humble fille de notre race est l’icône de la réalité à laquelle nous sommes appelés. « Tu nous as faits pour toi, Seigneur, et notre cœur est sans repos tant qu’il ne demeure en toi » (S. Augustin).

« Comment cela se fera-t-il ? » En chacun, l’Esprit est appel éminemment personnel ; à chacun est offert de devenir « louange de gloire », ou, pour le dire autrement : élan d’accueil, confiance filiale, jusque dans la boue de nos vies compliquées.

« Je suis la servante du Seigneur, qu’il me soit fait selon ta parole ». La sainteté de Marie n’est pas une perfection qui nous serait à jamais impossible : elle est cet élan de foi qu’elle a déployé sans retour.

Quelle est celle-ci qui monte, appuyée sur son Bien-Aimé ? Ne la reconnais-tu pas ? C’est l’humanité, c’est toi.

 
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