Bénédictines de Sainte Bathilde

CARÊME

mardi 25 février 2020

C’est maintenant le moment favorable, c’est maintenant le jour du salut.

Cette affirmation a-t-elle sens "maintenant", c’est-à-dire cet aujourd’hui brouillé par les divisions, l’incertitude et les inquiétudes ?

Un maintenant alourdi par ce que nous apprenons au long des semaines, et par ce que l’Arche, avec une humilité et une espérance confondantes, vient de nous apprendre et qui nous donne envie de crier : jusques à quand, Seigneur, jusques à quand ?

C’est maintenant le moment favorable, c’est maintenant le jour du salut.

Elle est là, cette phrase énigmatique, et elle est un refrain du Carême. Sauf à mettre de côté toute référence biblique (on a le droit) ou soigneusement déconnecter de notre quotidien (qui a bien assez de s’assumer comme il est) la charge, comme on parle d’une charge électrique, contenue dans l’Écriture, il faudra nous décider à la regarder, peut-être nous colleter à elle, bref à ne pas rester indifférent.

Au fait, le salut, qu’est-ce donc ? Encore un mot qui fâche, par tous les relents de culpabilité et de moralisme qu’on y a enfouis. Pourtant, il est là, le mot, que saint Paul met tranquillement en lien avec une autre source de difficulté, le péché.

Ce que nous appelons, hélas souvent platement, le salut dépasse infiniment ce que nous en pensons. Le pardon de Dieu est, comme l’indique le mot, un don par-delà ce qui était déjà donné. Non que l’Évangile (et toute la Bible) fasse l’impasse du péché, mais celui-ci est pris dans une dynamique qui projette en avant, car le mal n’a pas le dernier mot.

Alors le salut n’est pas simple réparation (comme on remet en marche un appareil), mais transfiguration, divinisation : si le Christ est ressuscité, s’Il se laisse voir, s’Il se laisse annoncer, c’est bien que cela nous concerne, me concerne, concerne notre aujourd’hui.

« C’est maintenant », car « les temps sont accomplis » : pour la génération apostolique, cela signifiait que la promesse multiséculaire était réalisée. Les cieux se sont déchirés et Dieu est descendu (Is 63,19) : Dieu s’est fait homme.

Les temps sont là, définitivement : c’est maintenant que la promesse, accomplie, porte fruit. Autre façon de le dire : la réconciliation est là, manifestée, tangible – la vie s’est montrée à découvert, et nous l’avons vue, entendue, touchée, palpée (on reconnaît le début de la 1° Lettre de S. Jean).

Le salut est là, la grande paix désirée qui va toucher nos attentes à la fois personnelles et universelles : shalom, terme difficile à rendre par un seul mot dans nos langues, car il englobe tant de nuances. Et si, bravement, nous profitions de l’homophonie pour laisser se confondre salut et shalom ?

Émerveillées, les premières générations chrétiennes découvrent et confessent que ce salut n’est pas seulement un état, aussi bienfaisant soit-il, mais quelqu’un, Jésus de Nazareth, reconnu comme Fils de Dieu, Dieu devenu l’un de nous.

Nous héritons de cet émerveillement. Aujourd’hui, celui de nos joies et de nos impasses, celui de nos espoirs et de nos écœurements, le Christ est là.

Question, naïve, mais si récurrente et réaliste : comment pouvons-nous le voir ? Osons un autre mot piégé : l’amour. « C’est à l’amour que vous aurez les uns pour les autres qu’on vous reconnaîtra pour mes disciples » (Jn 14,35).

Il y a tant d’épines sur nos chemins, et pourtant !... Si sensibles que soient les blessures laissées par elles, il y a ce « quelque chose », de plus subtil, plus caché, plus grand : cette consolation, comme une caresse à l’âme, reçue du Corps…

Transpercés par notre péché, traversés par les épines de nos frères et sœurs en humanité dès que l’on ose la rencontre, là même, nous découvrons comme une invitation à dépasser la douleur, à franchir une porte. Et à y découvrir une douceur, un baume, une onction…

« C’est maintenant le moment favorable, c’est maintenant le jour du salut. » Qui sait ? Dans cet assourdissant vacarme que sont nos manques d’écoute mutuelle, il y a peut-être une chance, celle d’un grand ras le bol qui nous retournera les uns vers les autres dans l’Amour…

Bon Carême !

 
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