Bénédictines de Sainte Bathilde

CUEILLETTE de petites PAROLES de Sœur Bernard

mercredi 5 mai 2010

Sr Céline, Infirmière de la Communauté, a récolté des perles auprès de soeur Bernard et en partage simplement quelques unes...

Notre sœur Bernard nous a quitté à l’aube de ce 23 avril 2010, alors qu’elle s’apprêtait à fêter ses 101 ans le 3 juin prochain, nous ne pouvons que rendre grâces pour cette longue vie de fidélité ( 80 ans de vie monastique ! ).
Ces trois dernières années, à travers sa dépendance importante du grand âge où la mémoire se recentrait sur les vieux souvenirs, elle nous a donné le témoignage d’une joie de vivre en toute chose, comme le moine humble de la Règle de St Benoît « content de tout » (RB 7,49). Joie de vivre, amour et humour ont marqué tous ceux qui l’ont approchée, sœurs, amis ou personnel soignant.
Vous avez été nombreux à manifester votre émotion et votre soutien à l’occasion de ce départ, en reconnaissance, comment ne pas vous partager « une cueillette de petites paroles » de Soeur Bernard recueillies au cours de ces trois dernières années, comme un testament plein d’humanité et de profondeur spirituelle ?…


Joie paisible de vivre…
Je jouis de ma tranquillité en attendant mieux !
dit-elle en contemplant le paysage printanier devant sa fenêtre

Un soir à ma question :

- Vous dormez déjà ?
- Non, je reste dans le silence adoré… Il est si grand
 !

- Est-ce que vous êtes heureuse ?
- Toujours !
- Pourquoi êtes-vous heureuse ?
- Parce qu e je me contente de ce que j’ai…


L’humour était souvent au rendez-vous dans la relation… les réflexions étaient toujours aussi surprenantes les unes que les autres lorsque nous lui adressions la parole.

- Sœur Bernard ! C’est l’heure de dormir, c’est la nuit, le soleil va se coucher
- Votre raisonnement est très bon… mais le problème c’est qu’il est 8 heure du matin… le soleil qui se couche à 8 heure du matin… les journaux vont avoir de quoi raconter !


Le jour de Pâques :
- Christ est vraiment ressuscité, Sœur Bernard ! C’est Pâques !
- Ah bon, Christ est vraiment ressuscité ?… Il a bien de la vaine !


Un 9 novembre :
- Bon Noël !
- Ah non, ce n’est pas encore , on est le 9 novembre…
- Dommage… mais je te le souhaite quand même parce que d’ici-là j’pourrai bien oublier !…

Bien que par le passé, elle avait la réputation d’être plutôt sévère, nous l’avons vu petit à petit s’adoucir jusqu’à apprécier les marques sincères d’affection :

- Est-ce que vous aimez les bisous ?
- Les bijoux ?
- Non, les bises ?
- Oh oui ! Oh oui ! à la folie !

A vivre à ses côtés au quotidien, le plus marquant a peut-être été de recueillir au jour le jour des perles de sagesse spirituelle :

- J’ai essayé de te montrer ce qu’est Dieu pour moi… je crois que j’y suis arrivée !
- Et qui est Dieu pour vous ?
- C’est TOUT !!! (en ouvrant grand les bras)

- A quoi méditez-vous ?
- Au bonheur d’être au Seigneur !

- A quoi pensez-vous ?
- Je pense à ce qui est vrai…
- C’est quoi qui est vrai ?
- Je pense au Seigneur Jésus qui est venu pour nous montrer ce qui est vrai.

Elle était même de bon conseil spirituel !

- Il pleut, mais vous, vous avez le soleil dans le cœur !
- Ca c’est parce que je le veux !
- Mais quelques fois on le veut et on n’y arrive pas !
- Eh bien, il faut recommencer ! et petit à petit ça vient !

- Vous êtes en direct avec le Seigneur ?!!!
- Oui c’est ça…
- Vous êtes souvent en direct, vous !
- Oh… pas toujours… le Seigneur ce n’est pas une mécanique, on ne l’a pas comme ça. Mais quand on le désire très fort, ça vient toujours. Mais ce n’est pas toujours, car nos affaires prennent le dessus et on ne le rencontre pas.

Dans la tradition monastique, les pères du désert conseillent de s’attacher à « un ancien » ou à quelques uns pour prendre exemple et imiter la vertu principale de chacun. Chez sœur Bernard ce qui était frappant c’est l’absence de retour sur soi, le décentrement d’elle-même. Lorsqu’on lui demandait si elle avait bien « profiter » de la messe, par exemple, elle répondait bien souvent : « Oh, ça, c’est le Seigneur qui sait ! ».

Ou lorsqu’on lui manifestait une marque d’affection :
- Vous êtes ma petite mère adorée !
- Le seigneur d’abord, n’oubliez pas ! Le principal, c’est que tu aimes beaucoup le Seigneur…

Une autre attitude qui revenait sans cesse, surtout le soir au coucher, c’est un véritable esprit de componction :

- Vous êtes la plus heureuse des sœurs !
- Ah ?!? Peut-être, parce que je ne mets pas ma joie en n’importe quoi.
- Qu’est-ce qui fait votre joie ?
- De faire plaisir à Dieu… les saints ont fait plaisir à Dieu.
- Alors vous êtes une sainte !
- Oh ça, je ne sais pas, parce qu’il y a bien des fois où je ne fais pas plaisir à Dieu…

- Et votre cœur comment est-il ce soir ? Heureux ? triste ? en paix ? tourmenté ?
- Oh pas tout à fait en paix.
- Pourquoi ?
- Je pense à tout ce que j’ai fait de mal… si je faisais le Bien, j’attirerai d’autres au paradis !

La communauté, comme la congrégation étaient vivantes dans son esprit…

- Vous avez vu Mère Prieure ?
- Oui, elle sort d’ici… elle est très gentille… tu me diras peut-être que c’est son métier !!!

- vous ne dormez pas ?
- Non, je n’arrive pas à dormir, ça m’arrive quelques fois, je repense à la journée… y’a des problèmes…
- Ah… quels problèmes ?
- Y’a des problèmes du côté des postulantes…elles sont deux, elles avancent, mais faut voir quel chemin…

- Il y a eu des choses heureuses pendant ces 100 ans ?
- Oui, il y a eu des choses heureuses, la congrégation est bien partie, je crois que c’est devant le seigneur que j’y penserai. En étant devant le seigneur et le questionnant, je crois que le résultat ne serait pas mauvais…

- Notre congrégation a tout de même une allure particulière… toutes les sœurs ne ressemblent pas à toutes les sœurs !

La perspective de sa fin de vie était bien présente, elle était tout simplement prête :

- Je crois que je suis à la fin de ma vie.
- Vous êtes en paix ?
- Je ne sais pas, j’attends, quand il voudra, comme il voudra.

- A quoi pensez-vous ?
- A la joie que c’est là haut au paradis !
- Vous voulez y aller ?
- Oui, pourquoi pas ??!!!

Oui, sœur Bernard, votre présence nous a donné de la vie… aujourd’hui encore vous nous invitez à regarder l’essentiel, ce qui demeure en vie éternelle. Merci de nous avoir partagé votre espérance !

 
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