Bénédictines de Sainte Bathilde

Chapitre 6

samedi 23 juillet 2011

Du silence.

Voilà bien un chapitre tout à fait d’actualité que je nommerai autrement : le silence ou l’art de parler !

Benoît poursuit sa tâche de pasteur en donnant des repères pour bien vivre, pour vivre de la vie de Dieu, de la vie en Dieu, de la vie pour Dieu. Ce chemin de vie est chemin de sagesse, chemin de conversion, nous l’avons déjà souligné.
Après le chapitre sur l’obéissance, Benoît pose d’autres jalons nécessaires à la vie fraternelle :

la maîtrise de sa langue pour chacun
et l’art du dialogue entre tous.

Or ces jalons, il les fait tous passer par le silence qu’il établit comme garde du cœur, peut-être un peu garde-fou...
Pourquoi ce repère unique ? Le silence peut être compris comme le voile qui enveloppe toute parole, comme le voile qui protège tout débordement de parole. Il peut-être encore compris comme le tamis dont parle Socrate, tamis qui ne laisse passer que ce qui est utile, nécessaire et bon...

Comment faisons-nous de notre silence le tamis de la parole utile, bonne et nécessaire ?
Or ce silence est d’abord silence du cœur, des pensées, de la mémoire, silence intérieur. Nous ruminons nos rancœurs, les passons et repassons dans le moulin de notre intelligence... Nous agitons nos pensées comme les flots de la mer... Nous alimentons nos souvenirs de poisons et d’amertume... Tout ce bruit intérieur se heurte, heureusement, au silence de Dieu qui nous invite à la pacification, à la conversion et finalement à la paix. « Poursuis la paix, recherche-la » (Ps 14).
Comment apprivoisons-nous ce silence intérieur qui peut faire peur ?
Oui, nous avons peur du silence et le fuyons en parlant beaucoup, en écoutant beaucoup de paroles inutiles, beaucoup de bruits. Nous fuyons par peur de nous trouver face à face avec notre brouhaha intérieur ! Nous nous fuyons en vivant dans la parole excessive, dans le bruit incessant. Benoît connaît le cœur de l’homme, il se connaît et sait bien que la garde du cœur conduit à l’adoration, à la vraie relation, celle de fils, de fille, de frère, de sœur. Il désire conduire ses disciples sur le chemin de la vérité...

Le silence, comme balise de sagesse, nous invite à chercher le mot juste, la parole invitante. Il creuse encore le désir du silence de communion, de l’ouverture au mystère de la vie et de l’accueil de l’altérité par la parole ajustée, par la pensée purifiée, par la mémoire transfigurée, par les relations simplifiées. Chemin possible grâce au silence qui est distance salutaire.
Quelle distance prenons-nous dans les échanges ? A quelle distance vivons-nous les uns des autres, dans le temps et dans l’espace ? A quelle distance nous tenons-nous dans l’être ensemble ?

Nous abîmons voire tuonsles relations, souvent par nos paroles , en sommes-nous conscients ?
Dieu nous appelle à la vie, à choisir la vie et c’est bien l’urgence qui jaillit dès le matin :
- urgence de l’éveil du cœur qui écoute ;
- urgence de l’éveil du cœur qui garde la Parole pour l’offrir au temps de la rencontre.

Nous sommes co-ouvriers du temple de Dieu, son Corps qui se construit jour après jour, co-ouvriers spécialisés dans le ciment... silence intérieur qui assemble et tient ensemble les pierres vivantes, silence intérieur qui fait résonner et chanter les paroles de vie qui jaillissent de nos cœurs.
Repérons dans nos journées
- nos puits de silence,
- nos citernes lézardées pleines de paroles qui débordent,
- nos fontaines de vie ...

et

avançons joyeux, pleins d’entrain sur ce chemin de la vie en Christ !

 
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