Bénédictines de Sainte Bathilde

De l’humilité, Chapitre 7, 31 - 33

samedi 27 juillet 2013

Détester sa volonté égoïste !

Le deuxième échelon de l’humilité pour un moine, c’est de détester sa volonté égoïste. Alors il n’aime pas satisfaire ses désirs.
Au contraire, il imite par ses actions le Seigneur qui a dit cette parole :
« Je ne suis pas venu pour faire ma volonté, mais pour faire la volonté de celui qui m’a envoyé » (Jn 6, 38).
On a écrit aussi : « Faire sa volonté entraîne la punition. Être obligé d’obéir à un autre fait gagner la récompense » (Actes des Martyrs).


COMMENTAIRE
Avec le deuxième degré de l’humilité, Benoît nous entraîne plus loin dans notre alliance avec le Christ. Il nous invite à laisser la volonté du Christ nous habiter, nous transformer, nous façonner. Comment faire place à cette volonté en nous, au quotidien ? _
Une image me vient, celle d’une palette de peintre. Notre volonté propre serait d’une belle couleur, rouge, bleu ou vert, selon notre caractère, plus ou moins volontaire, combatif, passif… et la volonté du Christ, bien jaune, de la victoire de la vie sur la mort, de l’humilité sur l’orgueil !
Couleur jaune qui ne s’impose pas mais qui illumine… jaune d’or.

Alors, sur la palette, dans notre vie, le rouge, le bleu ou le vert se laisse peu à peu transformer par le jaune d’or par petites touches successives… le jaune d’or s’infiltrant ainsi progressivement dans mon tempérament bleu nuit, rouge vif ou vert bouteille, il devient peu à peu non totalement jaune d’or, mais jaune-bleu nuit, jaune-rouge vif, jaune-vert bouteille, et je deviens alors illuminé de la présence du Christ en moi et sa volonté d’amour transfigure ma volonté d’aimer. Chemin de purification, chemin de transfiguration, chemin d’illumination, chemin de peintre…

Ce deuxième degré est un art, art plus qu’ascèse, art plus que volontarisme, art plus que pénitence.

Mais cet art demande des exercices, de nombreux coups de pinceau, bien de l’eau, du grattage, des retouches, du recul, de la patience. Art qui requiert de nous d’être à la fois, la couleur sur la palette, la toile peinte, le pinceau… en demandant à l’Esprit d’être le peintre, la main de Dieu qui dessine la fresque de l’amour en ma vie.

Chaque soir, le tableau est achevé, chaque soir, le Peintre regarde ce que nous lui avons laissé créer. Chaque soir la palette, la toile et le pinceau sont ainsi déposés pour laisser à la nuit faire son œuvre, œuvre de séchage, étape indispensable qui ne dépend pas de nous. La transformation de notre volonté propre se parachève de nuit, dans le secret du cœur du Père.

Concrètement, comment découvrons-nous notre volonté d’aimer avec nos moyens, et ses appels à le laisser aimer en nous ?
A quels signes reconnaissons-nous sa présence, son passage ?
Quelle est alors notre réponse ?
Notre volonté d’aimer n’est pas toujours volonté égoïste !

Mais souvent elle est bien mêlée d’amour propre, de désir de dominer, de posséder, de nous montrer, de mettre la main sur l’autre… il y a un peu de cette appropriation originelle, et c’est là l’œuvre de l’Esprit, œuvre de séparation, œuvre de re-création

Offrons-nous chaque jour à ce labeur de Dieu ! C’est lui qui vient en nous pour nous recréer. Offrons-nous dans notre « Suscipe » chaque jour renouvelé à cette belle œuvre de Dieu qui ne cesse de nous dire : « tu as du prix à mes yeux, et moi, je t’aime ! » (Is 43)

Le deuxième degré d’humilité n’est-il pas finalement cette déclaration d’amour de Dieu ?

 
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