Bénédictines de Sainte Bathilde

De l’humilité : chapitre 7, 49 - 50

lundi 19 mai 2014

Le sixième échelon de l’humilité pour un moine, c’est d’être content de la condition la plus ordinaire et la plus basse. Dans tout ce qu’on lui ordonne de faire, il pense qu’il est un ouvrier mauvais et incapable.
Il dit avec le Prophète : « Je ne suis plus rien du tout et je ne sais rien. Je suis comme une bête devant toi. Pourtant, moi, je suis toujours avec toi »
(Psaume 72, 22-23).

COMMENTAIRE
Plus nous progressons sur l’échelle de l’humilité, plus la foi est nécessaire pour illuminer l’ascension ! Comment comprendre aujourd’hui ce sixième degré, humainement, sainement, avec l’intelligence du cœur, dans la folie de l’amour, de la croix ? Des clés peuvent nous être utiles pour oser cette folie... Clés pour aujourd’hui, clés pour apprendre à vivre ce «  moi, je suis toujours avec toi.  »

Il me semble que le lieu d’ancrage de notre engagement à la suite du Christ, doux et humble, se trouve dans cette affirmation de foi : ma présence à Dieu en réponse à sa présence. Dieu est, Dieu est là et toute notre vie s’ancre dans cette unique certitude. Ce sixième degré nous conduit à tenir l’ancre de la foi, à voguer en mer agitée, ancrée dans la présence de Dieu qui nous apprend à nous rendre présents à lui, simplement, et simplement contents.

Une ancre marine a souvent trois « dents », tenons ces trois dents de l’ancre de la foi avec énergie…
La dent de la satisfaction de sa condition humaine : je suis ce que je suis, parce que Dieu est là et qu’il ne cesse de me créer, façonner, modeler, et remodeler à son image… par ses deux mains. Cette dent du bonheur d’être dans les mains de Dieu qui me construit, jour après jour, concrètement, dans ma condition humaine, personnelle, familiale, sociale, ecclésiale, est une dent couronnée par la miséricorde de Dieu ! Nous sommes ainsi appelés à reconnaître notre fragilité et le don gratuit de la couronne de la miséricorde pour vivre heureux d’être là. Long chemin de foi

La dent de l’offrande de soi vient comme se souder à l’autre par l’accueil de la miséricorde. La vie nous ordonne bien des choses à faire, bien des choses à accepter. Mais la liberté du cœur n’en est que plus sollicitée. Pour exécuter ce que la vie nous ordonne, à quelle part de liberté allons-nous puiser pour forger notre consentement et notre offrande ? Dieu nous confie le monde à construire, et nous avons à inscrire notre part dans l’ouvrage commencé. Chemin de foi persévérante

La troisième dent de l’ancre est encore plus délicate, cœur de l’humilité : reconnaissance de son inutilité. Dent d’autant plus fragile qu’elle peut se confondre avec le nihilisme… se croire n’être rien, bon à rien, inutile.
L’Évangile ne dit pas cela. Jésus invite au contraire le serviteur « bon et fidèle » à entrer dans la joie de son Maître. Il nous faut tenir cette parole de Jésus pour comprendre ce degré de l’humilité. Nous ne sommes rien sans Lui, nous ne pouvons rien sans lui, nous n’avons rien que nous ne l’ayons reçu de Lui. Mais il nous donne tout ! Il nous donne la vie, l’être et le mouvement. Voilà la dent de la reconnaissance de soi !
Reconnaissance que le cœur de notre être est don et que c’est de ce don que nous sommes envoyés. Grâce inépuisable de paix et de joie, de profond apaisement intérieur. Nous sommes des serviteurs inutiles, mais voulus, aimés et sauvés par Dieu ! Pour cette dent, c’est carrément une dent en or que Dieu nous donne : sa propre vie en la nôtre !

Jetons l’ancre de l’humilité avec espérance ! Jetons l’ancre du bonheur d’être à Dieu, du bonheur que Dieu soit et du bonheur qu’il nous donne d’être en lui ! Contentement de notre condition simple mais royale !

 
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