Bénédictines de Sainte Bathilde

De la Croix jaillit la Vie

vendredi 13 septembre 2013

Au pied de la croix, se tenait la Mère des vivants...

L’Enfant repose sur ses genoux.

L’unique de sa mère et l’Unique du Père, il dort entre ses bras ; les bras qui ont bercé l’enfant, affermi ses premiers pas sur la terre qu’il a créée, tiennent en cette heure le suprême Innocent.

Il gît, fragile et vulnérable, semblable à tous les fils d’homme qui ont achevé leur course et reposent une ultime fois sur la terre leurs membres las, désormais insensibles, avant d’y être enfouis.

Au pied de la croix, se tenait la femme, seule, droite comme cette poutre dressée dans le ciel, sur laquelle meurt son fils.

Le glaive jadis annoncé lui déchire le cœur ; c’est tout son être qui se déchire et que, debout, silencieuse au pied du bois, elle laisse s’ouvrir.

Celle qui avait donné vie à la Vie, dans le même élan de son consentement, l’enfante au Père. Au pied de la croix, elle était là, écho du grand silence du Père.

Et maintenant il repose sur ses genoux, Dieu endormi, muette présence de l’Amour éternel.

« Je suis là. »

Qui le dit, de la mère ou du fils ? Je suis là, mon enfant endormi. Je suis là, pour toujours. Je suis là, mon fils, parle-moi, mon unique.

« Ne me pleure pas, ô mère. »
-  Comment ne pleurerais-je pas, mon fils ? Puis-je empêcher le flot de ma douleur ?
-  Ne le retiens pas, ô mère, dirige-le vers tous.

-  Ils sont là, tous, victimes et bourreaux, que tes bras sur la croix enlaçaient.
-  Sur tes genoux ils sont là. Regarde-les, femme, regarde la douleur du monde.

-  O mon fils défiguré, je te vois, mon unique, portant la hideur du monde. Les épines ont couronné ta tête, blessé ta chair. Tout ton corps n’est que plaie et mes larmes se mêlent à ton sang, venu de ma chair et autre cependant.
-  De ta chair j’ai pris vie ; voici mon sang reçu de toi, mon sang versé pour tous.

« Ne me pleure pas, ô mère. »
-  Comment pourrais-je ne pas pleurer, mon enfant, quand le sang sur ton front le marque de traits étranges ?

-  Le signe de Caïn, femme, ne le reconnais-tu pas ?

-  O mon fils, que dis-tu ?
-  J’ai vu, j’ai vu la misère de mon peuple. J’ai ôté le poids qui chargeait ses épaules.

-  Le sceptre jadis annoncé par l’ange, le diadème royal, le trône à jamais glorieux…
-  … aujourd’hui accomplis.

-  Une poutre en forme de croix, les coups et les outrages pour hommage, les épines pour couronne, est-ce là ce que promettait Gabriel ?
-  La mort, ils la connaissent : ne devais-je pas la traverser ? Mais l’amour jusqu’au bout, qui le leur montrera ? Baise, ma mère, baise à mon front l’angoisse de Caïn.

-  Ta tête est d’or, couverte de rosée pourpre ; à tes boucles encore sont accrochées les gouttes de la nuit. Je baise, ô mon fils, l’amour fort comme la mort.

« Ne me pleure pas, ô mère
-  Comment ne pas pleurer, quand ils ont péché, blessé l’amour, quand ils tuent, bafouent leurs frères et désolent leur père…
-  Ils ne savent ce qu’ils font.

-  Le cri des malheureux contre eux est bien grand et grave est le péché.
-  Ce n’est pas pour rire que je les aime, ce n’est pas de loin. De la pâte du monde, j’ai pris chair, j’ai reçu la blessure d’Abel et la peur de Caïn, le cri des victimes et celui des tueurs, les larmes des mères et ce désespoir plus insondable que l’abîme : se croire damné. J’ai reçu, aux tréfonds de mon humaine chair, la misère des maudits tournée en rage. Pleure, ô ma mère, la douleur d’Eve.

Ils ont pris son corps, Joseph le pieux disciple et Nicodème le craintif devenu plus hardi… Le corps qu’ils avaient posé sur les genoux de la femme, respectueusement, ils le reprennent. Elle est seule, les bras vides, l’âme nue. Sa main doucement relève, ô le geste d’une mère au front de son petit, la mèche roidie :

-  Comment ne te pleurerais-je pas, toi le plus beau des enfants des hommes ?

-  Lève-toi, ma bien-aimée, ma belle, va ! L’hiver est passé – la pluie a pris fin, elle est partie. Les fleurs ont apparu sur terre, l’instant du chant arrive, la voix de la tourterelle s’entend sur notre terre. Le figuier embaume ses pousses, les vignes en fleur ont donné leur fragrance. Lève-toi, ma bien-aimée, ma belle, va !

Joseph, l’homme juste, a pris le corps, il l’a roulé dans le linceul, et le Fils jadis déposé dans une mangeoire, il l’a couché dans le creux du rocher. Le Fils annoncé, le nouveau-né emmailloté, contemplé dans la nuit de Bethléem, a achevé sa course et la nuit s’étend sur la Ville. Sa mère se tait ; toutes choses sont gardées en son cœur.

Venez contempler, filles de Sion, venez contempler le Roi,

portant le diadème dont sa mère l’a couronné au jour de ses épousailles,

au jour de la joie de son cœur. (Cantique 3, 11)

 
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