Bénédictines de Sainte Bathilde

ENTRER DANS LA SEMAINE SAINTE

mercredi 28 mars 2018

Voici que nous montons à Jérusalem...

Cette méditation a été écrite pour des enfants. Même si elle a été un peu retouchée, elle garde un côté de récit simple.

Le Carême a duré 40 jours. Dans la Bible, 40 est un nombre important : vous vous souvenez ? Au temps de Noé, le déluge s’abattit sur la terre durant 40 jours.

Pendant 40 ans, après être sortis d’Égypte et avoir franchi la Mer Rouge à pied sec, les Hébreux, à la suite de Moïse, ont tourné et retourné dans le désert, beaucoup grogné, fait quelques bêtises aussi, bref il a fallu attendre 40 ans avant que, enfin, ils pénètrent dans la Terre promise – le pays que Dieu avait promis de leur donner. Ce pays qui deviendra Israël…

Jésus, après son baptême, est allé lui aussi au désert et y est resté 40 jours. Notre Carême entre dans cette série des 40 : 40, c’est long ! Après l’élan du début, on a le temps de s’ennuyer, de trouver d’autres choses plus intéressantes, de grogner aussi, mais aussi de découvrir une nouvelle façon de comprendre, de vivre, de prier. Nous aussi, avec le Carême, nous pouvons faire l’expérience du désert.

Donc, pendant 40 jours, nous avons marché, oublié, repris courage, mais ce n’est pas encore la Résurrection : il y a d’abord à vivre la SEMAINE SAINTE.

Elle commence par le

DIMANCHE DES RAMEAUX

Avec la foule qui acclame Jésus, monté sur un petit âne, nous entrons à Jérusalem où cet homme qu’on applaudit avec tant de joie, va être condamné et mis à mort. Nous aussi, nous avons dans la main, des rameaux, ces palmes, branchages ou brins de buis, qui nous rappellent la royauté de Jésus, une royauté très discrète, très modeste, toute d’amour. Quand nous parlons de « Royaume des cieux », souvenons-nous de Jésus, entrant à Jérusalem pour y mourir et ressusciter : voilà notre Roi !

TRIDUUM PASCAL

Cela veut dire trois jours, trois jours au cours desquels nous célébrons les moments fondamentaux du « mystère pascal ».

Encore un mot qui a l’air compliqué, mais est tout simple lui aussi ! Un mystère n’est pas quelque chose de tellement étrange qu’on ne pourrait le comprendre, c’est tout le contraire : c’est une réalité très précieuse, si forte et belle qu’on n’a jamais fini de la contempler, de chercher toujours à mieux la comprendre. Une personne est un mystère ; vous êtes, nous sommes des mystères, même pour ceux qui nous aiment très, très fort ! Et tant mieux, car nous n’avons jamais fini de nous émerveiller.

Donc, dans la foi aussi, il y a des mystères : le Père, le Fils, l’Esprit Saint, un seul Dieu qui est Trinité – est-ce que ce n’est pas merveilleux de se dire que Dieu est plus insondable qu’un océan, que l’Amour ne cessera jamais de nous surprendre, qu’il sera toujours aussi neuf que la première fois !

Un dieu qui devient homme, à ce point « pour de vrai » qu’il accepte de passer par la mort – et quelle mort ! Mystère : comment pourrions-nous faire tenir dans des phrases une telle folie d’amour ? C’est ce que nous célébrons, ensemble, dans le Triduum : le Mystère pascal, la grandeur de Pâques.

Le Triduum commence le Jeudi Saint au soir, avec la célébration de la « Cène du Seigneur », et va jusqu’au Dimanche de Pâques inclus. Oui, « Pâques », c’est à la fois la mort et la Résurrection de Jésus. Même si, bien sûr, on a réservé le nom de Pâques pour le dimanche.

JEUDI SAINT

Alors qu’il a été déjà trahi et que bientôt on va l’arrêter, Jésus prend un dernier repas avec ses apôtres, et ce repas (la Cène) est la reprise du repas pascal juif.

Le mot pâque fait partie de la tradition juive : le passage de la Mer Rouge est le signe fort, inoubliable, ineffaçable, de Dieu qui agit. Vous vous rappelez ? Devant, il y a la mer ; derrière, les armées de Pharaon : entre les deux, le pauvre peuple, tout terrorisé, pas très vaillant sans doute, en tout cas encore secoué par le départ précipité d’Égypte… Aucune issue possible, tout est perdu. Et la mer s’est ouverte. Le peuple est passé et, même si ensuite il lui a fallu errer dans le désert durant 40 ans, c’est en quelque sorte son « acte de naissance » qui s’est produit avec la sortie d’Egypte. Pâque : passage. Passage du peuple, mais d’abord passage du Seigneur sauvant son peuple.

D’année en année, depuis des générations et des générations, le peuple juif célèbre cet événement : jours de « mémorial », marqués en particulier par un repas familial solennel, appelé seder, au cours duquel on raconte, on fait mémoire de la sortie d’Égypte.

C’est pendant ces jours de la Pâque que Jésus vit son dernier repas avec ses apôtres. Pâque traditionnelle, mais aussi Pâque nouvelle ! Jésus, en partageant le pain et en faisant passer la coupe de vin, demande à des amis de « faire cela en mémoire de moi ». A notre tour, d’année en année, nous faisons mémoire de cet amour de Dieu qui passe par la mort pour nous donner la vie.

Les Évangiles rapportent ce dernier repas de Jésus avec ses apôtres. Matthieu, Marc et Luc insistent sur le mémorial transmis par Jésus et que, à chaque Eucharistie, le prêtre rend actuel : « Ceci est mon Corps… Ceci est mon Sang. »

Saint Jean, lui, retient l’autre dimension de cet unique mystère qui est celui de l’amour : on l’actualise dans le partage, en communauté d’Église, de l’Eucharistie, et dans le service mutuel, dont le signe est Jésus lavant les pieds de ses apôtres.

Dans l’Évangile de saint Jean (au chapitre 13) : °2 Ils prenaient ensemble le repas du soir et déjà le diable avait mis dans le cœur de Judas, fils de Simon Iscariote, la décision de le trahir. °3 Jésus, lui, savait que le Père avait tout mis entre ses mains et qu’il retournait Dieu comme il était venu de Dieu. °4 Alors il se lève de table, retire ses vêtements et passe une serviette dans sa ceinture ; °5 il verse de l’eau dans une cuvette et commence à laver les pieds des disciples. Ensuite il les essuie avec la serviette qu’il a dans la ceinture. (…) °12 Après leur avoir lavé les pieds, Jésus remet ses vêtements et reprend sa place à table. Alors il leur dit : “Comprenez-vous ce que je viens de faire avec vous ?? °13 Vous m’appelez le Maître et le Seigneur, et vous dites bien car je le suis. °14 Donc si moi, le Seigneur et le Maître, je vous ai lavé les pieds, vous aussi vous devez vous laver les pieds les uns aux autres. °15 C’est un exemple que je vous ai donné, et vous ferez comme je l’ai fait. °16 En vérité, en vérité, je vous le dis : le serviteur n’est pas au-dessus de son seigneur, et l’envoyé n’est pas au-dessus de celui qui l’envoie. °17 Si maintenant vous savez ces choses, heureux êtes-vous si vous les mettez en pratique !

VENDREDI SAINT

Au pied de la croix, se tenait Marie, et auprès d’elle, il y avait Jean, le disciple bien-aimé. Le Vendredi saint, l’Église, c’est-à-dire chacun de nous, « fait mémoire » de la mort du Seigneur ; dans l’après-midi ou en fin de journée, la communauté chrétienne se rassemble et célèbre, c’est-à-dire qu’elle aussi, elle est au pied de la Croix.

Voilà déjà deux fois que nous trouvons l’expression faire mémoire. On a parlé aussi de mémorial. Ce vocabulaire, et donc cette réalité, nous viennent de la tradition juive. Reprenons la sortie d’Égypte : en racontant ce qui est arrivé à « nos pères », les participants du seder SONT avec les Hébreux franchissant la mer ; en quelque sorte, ils vivent AUJOURD’HUI ce qui s’est passé, une fois pour toutes, il y a des siècles.

Le mémorial est donc plus qu’un anniversaire ou une cérémonie du souvenir, comme le 11 novembre ou le 14 juillet. C’est bien davantage que revivre un événement à force d’imagination : faire mémoire nous rend participants de ce que nous célébrons… C’est un peu difficile à expliquer, mais entrons dans cette réalité – qui fait partie du mystère !

Quand nous célébrons l’Eucharistie, le Christ ne recommence pas le don de sa vie : il est mort et ressuscité une fois pour toutes, il est avec nous pour toujours. Et nous, quand nous allons à la messe, ce n’est pas pour rappeler un souvenir du passé. En fait, il s’agit d’un mouvement exactement inverse ! Nous n’allons pas à la recherche du passé, mais… le passé est bel et bien là, actuel. Comment cela peut-il se faire ? Nous savons bien qu’il y a le passé, le présent et l’avenir et qu’il ne faut pas tout mélanger. Nous avons évidemment raison, alors comment nous en sortir ?

Il faut garder dans le cœur (et aussi dans la tête) que la foi chrétienne est une relation vivante : nous cherchons toujours la rencontre avec quelqu’un, Jésus qui est, n’oubliez pas, un vivant ; c’est cela le sens de ressuscité : Jésus toujours avec nous, non plus sous sa forme physique, celle que ses contemporains ont vue, touchée, mais sous une forme plus mystérieuse, qu’on appelle spirituelle (c’est-à-dire dans l’Esprit Saint, mais on en reparlera avec la Pentecôte). Nous voulons le chercher, parce que c’est lui d’abord qui veut demeurer avec nous. Juifs et chrétiens croient en un Dieu aimant, qui entre en relation avec nous, de tant et tant de manières.

L’une d’entre elles est justement la liturgie, la célébration des merveilles de Dieu : faire mémoire donc, c’est accueillir ces merveilles toujours actuelles, non pas, répétons-le, comme le vague anniversaire d’un événement dont on ne voit pas en quoi il nous concerne vraiment, mais comme une MERVEILLE DE DIEU TOUJOURS ACTUELLE, un acte toujours prêt à nous donner la vie en abondance.

Quand ils célèbrent le passage de la Mer Rouge, les Juifs accueillent AUJOURD’HUI la grâce de libération que les Hébreux ont reconnue il y a tant de siècles. Quand les chrétiens célèbrent le Triduum pascal, c’est la grâce de la Résurrection qu’ils reçoivent, celle-là même qui nous a été donnée par Jésus mourant et ressuscitant, après avoir donné aux Apôtres mission de la transmettre, de façon privilégiée, par l’Eucharistie et l’amour mutuel. Voilà qui brouille nos repères ! Au fond, nous allons, à notre mesure, vivre ce que les Apôtres ont traversé : l’incompréhension, puis l’éclaircissement !

Revenons au Vendredi Saint. Jérusalem est en grande agitation : il y a foule, car les pèlerins sont venus de tout le pays pour vivre la Pâque qui s’accompagne du sacrifice des agneaux au Temple. Préparatifs publics et familiaux mettent de l’animation ; et voilà qu’en plus il est question d’un Galiléen qui a été arrêté et qu’on va crucifier.

Jésus sort du tribunal de Pilate : on le charge de la lourde poutre sur laquelle il sera crucifié et les soldats le mènent jusqu’à la petite hauteur, à la sortie de Jérusalem, le Golgotha. Les passants qui croisent le sinistre cortège détournent les yeux ou se moquent. Il est environ 9 h : la croix est dressée, deux brigands entourent Jésus, la longue attente de la mort des condamnés commence.

Dans l’Évangile de saint Jean (au chapitre 19) : Debout près de la croix de Jésus, se tenaient sa mère et la sœur de sa mère, Marie femme de Clopas, et Marie de Magdala. ° Jésus vit sa Mère et auprès d’elle le disciple qu’il aimait. Il dit à sa Mère : “Femme, voici ton fils.” ° Ensuite il dit au disciple : “Voici ta mère.” Et à partir de ce moment le disciple la reçut chez lui. °28 Avec cela, Jésus voyait que tout était accompli. Mais une parole de l’Écriture devait encore s’accomplir. Jésus dit : “J’ai soif.” Il y avait là un vase plein de vin fermenté et quelqu’un y plongea une éponge, la mit au bout d’une branche d’hysope et la porta à sa bouche. Jésus prit ce vin fermenté et alors il dit : “Tout est accompli.” Il inclina la tête et il remit l’esprit.

Sur Jérusalem, la nuit tombe... Le shabbat est là.

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deux méditations à retrouver :

LA PIERRE ROULÉE

De la Croix jaillit la Vie

 
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