Bénédictines de Sainte Bathilde

Homélie . Saint Sacrement

lundi 7 juin 2021

Solennité du Saint Sacrement, dimanche 6 juin 2021, une homélie à reprendre de Mgr Turck, au cours de la liturgie à Vanves.

Fête du Corps du Christ – 2021 Bénédictines

Tous les dimanches, semaine après semaine, chaque jour pour vous mes sœurs et pour moi, nous nous approchons du Corps du Christ,
Nous le recevons convaincus qu’il est le sacrement de la présence de Jésus. _
Animés d’un désir de sainteté pour être moins indigne de recevoir en nous ce Seigneur auquel nous voulons consacrer une grande part de notre existence.
Dans l’Eucharistie, le Christ présent demeure sans visage…
Ou plutôt son visage est celui de choses ordinaires – qui sont peu de choses au regard de l’immensité de l’univers !

Qu’est-ce qu’un peu de pain, un peu de vin pour rendre présent, celui qui est l’auteur de ce qui nous demeure inconnaissable malgré notre fierté d’avoir percé et maitrisé tant de phénomènes par la science et la technique ?

St Thomas d’Aquin voyait notre terre comme la brebis perdue pour laquelle le Créateur se serait incarné – délaissant des myriades de créatures inconnues et même les anges si fidèles… pour quoi ? Pour tisser une alliance d’amour avec l’étrange créature humaine que nous sommes !

I- Il y a plus : bien plus dans la fête que nous célébrons aujourd’hui.
St Augustin a inventé une formule superbe pour dire autre chose contenue dans ce mystère :
Recevez ce que vous êtes
Devenez ce que vous recevez.


Soudain nous nous découvrons intimement mêlés à ce mystère … nous devenons le mystère même que nous célébrons. Nous devenons le corps du Christ par une nourriture qui s’assimile à notre chair humaine, à notre corps … Comment est-ce possible que l’espace d’un éclair dans cette manducation si prosaïque nous recevions la Christ Jésus, le Dieu de l’univers qui s’est fait homme.

Je ne sais pas si nous nous rendons bien compte de ce que nous chantons parfois dans le chant qui égrène ces paroles : Nous sommes le corps du Christ, recevez ce que vous êtres, devenez ce que vous recevez. Je ne sais pas si nous nous rendons bien compte du scandale qu’a pu provoquer Jésus lorsqu’il dit à ses Apôtres :
Aucun homme n’oserait dire et proposer une chose pareille sans passer pour un malade ou un fou…

Combien finalement je comprends celles et ceux qui veulent le recevoir à genoux ! et pourtant ce n’est pas la posture à laquelle nous invite le Seigneur. Il veut devant lui des hommes et des femmes debout.. ; qui conversent avec lui comme un ami converse avec un ami. Abraham, Moïse, Elie… tous jusqu’à Ezéchiel qui entend le Seigneur lui dire : Fils d’homme tiens-toi debout, Dieu parle !

Par cette nourriture, par cet acte de foi, nous sommes devenus ce corps, membre de ce corps… Avec quelle vénération nous faisons un trône de nos deux mains tendues pour recevoir le Seigneur de l’univers. Qu’y a-t-il de plus noble que nos mains puisque ce sont elles qui ont rendues possible ce que nous recevons !


II – c’est le second point En effet faisons un pas de plus dans l’intelligence qui résulte de la simple observation de ce que nous célébrons !
Le Seigneur n’a pas pris des éléments de la création à l’état brut, dans leur nudité naturelle… aussi beaux soient-ils – il n’en a pas fait des idoles adorables… Il a voulu que ces éléments de la Création soient travaillés par la main de l’homme ! Il se met en dépendance de ce travail pour manifester sa présence. Quelle humilité – Rien ne serait possible sans cette mise en mouvement de toute l’humanité dans une dynamique laborieuse et souffrante pour que ce pain et ce vin soient arrivés là sur l’autel ! Faites le compte… Combien d’heures du travail des hommes et des femmes il a fallu .. ? Combien de métiers ont été associés ? Le laboureur, le semeur, le moissonneur, le meunier, le marchand de farine… Combien de machines ont été inventées, la charrue, le tracteur, la moissonneuse, les bateaux, les camion de transport, le four et Combien d’énergies, le pétrole, l’électricité, les bateaux, les barrages, les centrales nucléaires .. et jusqu’à la religieuse qui dans son monastère a travaillé ce pain.. pour le déposer sur l’autel ! Une fois que nous aurons fait cet inventaire – et il en va de même pour le raisin et le vin.. , nous aurons compris que toute l’humanité a été mise au travail …nous comprendrons que le Seigneur n’a pas voulu nous donner un signe de sa présence , sans que nous coopérions à ce que ce soit possible ! Manifestation si grandiose et mystérieuse de son entrée dans ce qui fait l’ordinaire de nos existence : le travail quotidien pour notre survie ! Telle est la source du mystère et de l’action de grâce qui est la nôtre. Ce que je vois là sur l’autel, du pain et du vin présentés pour devenir le Corps et le sang de Jésus … par le travail de l’humanité et aussi par la puissance de l’Esprit Saint -appelée par le célébrant- pour que le pain devienne corps et le vin devienne sang… ce que Lui seul l’Esprit Saint est capable de réaliser. Humilité de Dieu qui se glisse ainsi dans la maîtrise que l’homme obtient par son alliance avec la création au cœur de son travail.

III Ici nous sommes renvoyés à la première Cène pour mesurer combien l’humilité de Dieu conduit Jésus au sacrifice…
Ce soir-là au cœur du repas qu’il avait désiré d’un grand désir partager avec ses disciples, commence le sacrifice de Jésus ! Le pain sera rompu, le corps sera brisé, le vin sera bu par anticipation au sacrifice du Christ que le labeur souffrant du travail humain illustre par anticipation, longue patience par laquelle l’humanité laisse faire à la pluie et au soleil sans lesquels son propre labeur n’aboutirait pas !

Image bien concrète inscrite dans l’épaisseur de notre histoire qui illustre la longue patience de Dieu qui travaille lentement le retournement du cœur de l’homme par les prophètes et par l’Eglise !

Il fallut tout cela, toute cette aventure humaine et divine pour qu’aujourd’hui à cet autel nous recevions le corps et le sang du Christ que nous célébrions la fête de l’alliance, la fête Dieu !

Tout n’est pas encore dit ! Tout n’est pas encore compris si nous en restions là ! Allons jusqu’au bout !

À cette table de communion entre Jésus et ses Apôtres.. ; en cette table de communion qui nous unit aujourd’hui pour partager la même foi, la même espérance…se trouve à cause de nous, la rupture de la charité de Dieu pour nous ; rupture de la communion la plus grande, rupture la plus lâche ! Celle qui porte au sacrifice impossible à imaginer d’un Dieu pour sa créature. La mort de Jésus déjà présente dans cette bouchée de pain offerte à Judas, dans cette trahison préméditée de longue date : « ce que tu as à faire, fais-le vite … et les autres de penser qu’il allait s’occuper des pauvres puisqu’il tenait la bourse…

La plus grande charité de Dieu se trouve soudain… non pas anéantie, mais blessée…mortellement blessée !
Nous découvrons que le repas du Seigneur, partagé par Judas lui-même avec le Seigneur, n’est pas destiné aux seuls saints ! A ce moment, au cœur de la Cène au cœur de l’eucharistie se déroule le drame du péché et de la grâce… l’incroyable miséricorde de Dieu, la proposition du salut.
Pensons-y lorsque nous recevrons le corps du Christ… les plaies se son corps, la souffrance de cette infinie tendresse qui était la sienne nous effleurent et nous brulent au feu du sang qui coule de sa blessure ouverte sur la Croix. _
Oui, nous célébrons le sacrifice du Christ. Oui il mourra ! _ L’eucharistie est bien en relation avec la mort de Jésus … tout comme le travail des hommes a une dimension de sacrifice. Elle est toute entière contenue dans cette hostie que nous recevons.. ; elle est toute entière manifestée dans nos assemblées chrétienne corps du Christ.

Toutes les souffrances qui son les vôtres, toutes celle de vos familles et amis convergent ici et nous associent au même et unique sacrifice.. ; celui par lequel la présence de Jésus est rendue possible.
Ici se joue le drame de nos existences appelées à faire corps pour livrer notre vie afin que d’autres trouvent leur nourriture de tendresse et d’espérance pour poursuivre le chemin.

La communion est bien cette nourriture sur le chemin de notre vie… nous rappelant sans cesse qu’il s’est offert pour notre survie.. notre salut.

 
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