Bénédictines de Sainte Bathilde

Juin 1934 : les quatre fondatrices arrivent à Ambositra

lundi 8 avril 2013
L'accueil à Ambositra le 11 juin 1934

En ce 11 juin 2009, la communauté d’Ambositra a fêté le soixante-quinzième anniversaire de l’arrivée à Ambositra des fondatrices de la communauté, le 11 juin 1934.

Cette journée a culminé dans l’Eucharisitie célébrée à 10 h (= 14h au Viet-Nam, 9h en France, 8h au Bénin) par Mgr Fidélis, évêque d’Ambositra, entouré de nombreux prêtres. (voir ci-dessous le détail des célébrations)

  • Grâce de communion dans la communauté où chaque soeur se donne dans la préparation de la fête, chaque groupe ayant sa part et s’affairant de son côté.
  • Grâce de reconnaissance envers les soeurs aînées qui ont permis à la vie monastique bénédictine de naître et grandir à Madagascar.
  • Action de grâce pour les deux prieurés nés d’Ambositra à Madagascar :
    - Mananjary en 1955
    - Joffreville en 1975

(Portfolio de photos à la fin de l’article)

Mère Jeanne nous écrit le programme des célébrations :

Depuis 15 jours c’est la préparation matérielle :
ce dont on besoin pour le repas du 11 juin, nettoyage dans l’enclos du monastère, ménage, les tables à Béthanie, (nous prévoyons au moins 150 personnes pour le repas).
Chaque équipe de travail se prépare et s’affaire de tout cœur et de toute sa force ;
Aujourd’hui , 10 juin, c’est les derniers préparatifs.
La messe sera à 10 h par Monseigneur Fidélis avec les prêtres du diocèse et ils seront nombreux pour le 11 juin, avec des représentants et représentantes des religieux et religieuses, ainsi que des laïcs. Le chef de Région et Monsieur le Maire sont parmi les invités
Pendant la messe il y aura la mise en place des reliques dans l’autel car il n’y en a pas encore.
La messe sera célébrée solennellement.
Après la salutation de Monseigneur, ce sera la lecture du début de la Congrégation et de l’arrivée des sœurs à Madagascar.
Au chant du Gloria il y aura une danse liturgique par quelques sœurs accompagnée par les instruments de musique : des flûtes malgaches et des tambours (musique malgache).
A la fin de la messe, avant la bénédiction, il y aura le discours par un habitué de chez nous qui habite tout près du monastère. Et c’est après le discours que les gens apportent les cadeaux.
A l’action de Grâce, un chant de remerciement à Dieu avec des danses, toujours accompagné par les flûtes et les tambours.
Pendant ce chant toutes celles qui veulent exprimer leur joie le traduiront par la danse en ce moment là.
Après la messe le repas à Béthanie, déjà bien ornée.
Avant de commencer le repas, je dirai un mot d’accueil, et pendant le repas c’est prévu qu’il y aura de danses pour apporter les gâteaux.

Relisons cette page de l’histoire d’Ambositra

D’après 1934-1964 - 30 ans de l’histoire d’Ambositra par Mère Agnès Neel (pro manuscripto).
Mère Agnès est arrivée professe temporaire à Ambositra en 1935.
Elle est décédée à Vanves en 2007, à 99 ans dont 66 ans passés à Madagascar.

La première fondation

« Où se ferait la première fondation ? A cause des M.E.P. on pensait à l’Extrême-Orient. (…)., à cause aussi du P. Menez, Prieur du Monastère de la Source à Paris, ancien M.E.P.
Le P. Menez s’intéressait à nous, il avait envoyé à Vanves Edwige Copeau qui aussitôt après sa conversion avait désiré, tout à la fois, être bénédictine et missionnaire !
Mais ce ne devait pas être vers la Chine que nous irions d’abord...

Les partantes avec le Père DoncoeurUn autre grand ami et soutien de notre jeune congrégation était le Père Doncœur, SJ, célèbre à cette époque (lui aussi devait aider bien des jeunes filles cheftaines de Louveteaux, des Cadettes à s’orienter vers Vanves).
Il savait que Mgr Givele, évêque de Fianarantsoa, cherchait des Bénédictines pour son diocèse (il avait déjà espéré des Cisterciens, mais le projet ne devrait aboutir qu’en 1954).
Le P. Doncœur suggéra au P. Morel, supérieur général de la région de Fianarantsoa, alors en séjour en France, de nous demander.
Le P. Morel vint donc voir notre Mère Fondatrice qui lui expliqua ce qu’était notre vie, le P. Morel approuvait et paraissait comprendre ; il demandait seulement que pour prendre contact avec la population de la région d’Ambositra, les Sœurs aient, au début, un petit dispensaire à la porterie...
Mère Bénédicte accepta, pensant que ce serait vraiment un petit dispensaire provisoire, et la fondation fut décidée.

C’était en 1933 et tous les cœurs se tournèrent vers Madagascar qu’on connaissait si peu...
On choisit les fondatrices du futur monastère :
- Mère Denys Jouin, qui avait fait profession perpétuelle en 1932, âgée de 36 ans, elle dirigeait alors l’Atelier d’art sacré de la petite maison de Ségur,
- S. Marie-Joseph Garcia, une des plus anciennes,
- S. Mechtilde Mottez encore professe temporaire
- et S. Théophane Rochereau, celle-ci avait été orientée par son frère le P. Gabriel (M.E.P.) qui devait laisser un grand souvenir en Thaïlande, où il fut longtemps missionnaire.

Les fondatrices avec Mère Bénédicte (…)La nomination des partantes s’était faite en ce printemps de 1933, mais au cours de l’été suivant, on s’aperçut que le cœur de S. Marie-Joseph ne supporterait pas bien l’altitude des hauts plateaux de Madagascar et les fatigues d’une fondation.
Malgré sa tristesse il fallut renoncer à l’envoyer et chercher une remplaçante et ce fut S. François Copeau qui avait fait sa première profession en 1932.

Le départ des fondatrices

La cérémonie de départ eut lieu le 29 avril 1934, huit jours après la pose de la première pierre de la fondation du nouveau monastère de Vanves par Mgr Verdier, cardinal de Paris.
Mère Denys porte la croix de fondationCette cérémonie de départ se fit dans la petite chapelle du bâtiment qui était alors notre monastère et qui est maintenant occupé par les Xavières. (Cette petite chapelle est devenue la salle Saint-Ambroise, aujourd’hui en voie d’être réaménagée en librairie).
Dom Chauvin qui avait remplacé comme Prieur de la Source le P. Menez parti au Proche Orient et qui était, lui aussi, un ancien MEP, connaissant l’Océan Indien et l’île Maurice, fit un long discours, plein de finesse et d’humour (…).
Les partantes reçurent la croix de fondation : cette croix était celle que les "cadets" du P. Doncœur avaient emportée en Terre Sainte à leur pèlerinage, en cette année sainte 1933, ils l’avaient posée longuement sur le roc du calvaire. (…)

Le soir du 29 Avril, ce fut le départ pour Marseille, Notre Mère fondatrice accompagnait ses filles.
Sur le quai de la gare de Lyon, les cadets étaient encore là, chantant de beaux chants à Notre-Dame, le chant des adieux. Tout cela au grand étonnement des gens, émus par ces témoignages de la foi de ces jeunes. Une jeune femme bouleversée vint s’entretenir avec nos Sœurs pour qu’elles l’aident à commencer une vie nouvelle.

A Marseille les voyageuses retrouvaient le P. Picard, Provincial de la Champagne partant en visite à Madagascar, le P. Van Spreeken et le P. Desbuquois, jésuites tous les trois, les deux derniers revenant de congé.
Le Fr. C. SJ. à la procure de Marseille, s’occupait des bagages et de tout, s’acquittant de sa fonction avec dévouement et compétence. Il assura aux Sœurs qu’il fallait prendre de grands casques aux vastes bords pour se protéger du "terrible" soleil de Madagascar. Docilement, elles acquiescèrent mais s’aperçurent en arrivant qu’elles étaient les seules à arborer ces parasols qui leur faisaient des auréoles, tous les Pères et Sœurs ayant des casques modestes à petits bords, lesquels devaient d’ailleurs disparaitre peu à peu.

Le départ était fixé au 2 Mai. Les Sœurs, toujours accompagnées de Mère Bénédicte, montèrent dans l’après-midi sur le "Condé". C’était à cette époque, la veille de la fête de l’Invention de la Sainte Croix et elles en chantèrent les premières Vêpres.
Mère fondatrice dut enfin les quitter et, à 8h20 du soir, le bateau s’éloignait de la terre de France... émotion du départ.

Le voyage et l’arrivée à Ambositra

La leçon de malgache à bord du CondéLes lettres des Sœurs envoyées au cours de la traversée nous font suivre la vie quotidienne du petit prieuré ambulant, leur horaire, les attentions fraternelles du P. Deshuquois qui les initia aux rudiments de la langue malgache. Les Messes du dimanche eurent lieu sur le pont avec les passagers et une partie de l’équipage qui s’unissait au chant des Sœurs à la satisfaction du commandant, bon chrétien, spécialement pour la fête de Ste Jeanne d’Arc.
Puis ce fut la (…) Pentecôte dans l’océan Indien, l’arrivée à Majunga le 27 Mai, l’accueil si paternel de Monseigneur, et si affectueux des Sœurs de Cluny. L’escale à Diégo-Suarez chez les" Filles de Marie" et enfin le débarquement à Tamatave, S. Théophane s’occupant des bagages, ce qui lui fut facilité par les attentions de la femme de l’administrateur.

S. Théophane nous décrit ensuite les péripéties de la montée vers Tananarive dans le petit train qui marchait avec du bois de chauffage, récolté en cours de route.
Autour d'Ambositra Découverte de la forêt tropicale, des fruits plus ou moins inconnus, les essais de conversation en malgache avec des enfants rencontrés à une station.
Enfin l’arrivée à Tananarive, et toujours, comme à Majunga et à Tamatave, l’accueil inoubliable des Sœurs de Cluny, les rencontres avec Mme Decary dont le mari administrateur a écrit des ouvrages très intéressants sur l’ethnographie et la géographie de Madagascar, avec le Docteur Fontoynont, avec le Docteur Girard (qui avec le Docteur Robic a découvert le vaccin anti-pesteux).
A Antsirabe, ce sont les Sœurs de la Providence (Sœurs du Christ maintenant) qui accueillent les Sœurs et ce sera le début de relations profondément fraternelles. Elles racontent, avec verve, leurs aventures à leur arrivée au début du siècle (ce sont les pionnières après les Sœurs de Cluny), leur montée en filanjana, de Tamatave à Tananarive, avec leur escorte de grands gaillards sombres qui ne les quittaient pas d’un pouce, selon la consigne donnée.

La foule et les cadeaux de bienvenue Enfin l’arrivée et la réception triomphale de nos Sœurs à Ambositra, déjà commencée depuis Antsirabe : l’auto qui amenait les Sœurs dut s’arrêter bien de fois pour recevoir compliments et cadeaux, les délégations des villages environnants les attendaient sur la route.
Les Sœurs étaient partagées entre la reconnaissance, l’attendrissement, mais aussi l’angoisse grandissante, car, de plus en plus, eIles découvraient que ces joyeuses manifestations s’adressaient aux Sœurs hospitalières que les gens croyaient recevoir. « En soignant les corps n’oubliez pas les âmes » répétaient à l’envie les Kabary (discours) de bienvenue. L’origine de ce malentendu venait sans doute de l’acceptation du petit dispensaire provisoire dont il a été parlé et qui était devenu dans l’esprit des gens, on ne sait comment, un hôpital que les Sœurs venaient construire.
Il fallut beaucoup de temps pour que les habitants de la région découvre la valeur propre d’un monastère au milieu d’eux.

La réception à Ambositra en présence de Mgr Givelet, du P. Morel, du P. Derville, etc., fut l’occasion d’une très grande fête : amoncellement de présents de toutes sortes, kabary sans fin, chants et danses.
Mère VéroniqueParmi les danseuses se trouvait une petite fille, Marie-Madeleine Razafindrakala, qui serait un jour la première Prieure malgache d’Ambositra, Mère Véronique, décédée le 15 Août 2002 à Vanves.
Et parmi les cadeaux les plus touchants figurait une case Tanala en réduction apportée de la lointaine forêt par des hommes forts, disant « ainsi vous penserez à nous ».

Les Sœurs furent reçues par les Sœurs de St-Joseph de Cluny, comme de vraies Sœurs bienvenues, puis installées dans la jolie maison préparée par leurs soins, presque contiguë à la leur, et reliée à la tribune de l’église paroissiale par une passerelle.
Les talents innombrables de S. Théophane s’employèrent à améliorer l’ameublement et l’aménagement avec les moyens du bord. Les cadeaux reçus à l’arrivée assuraient déjà une partie de l’ameublement, ainsi les magnifiques et robustes prie-Dieu avec chaises pour la chapeIle. Les caisses devinrent des placards.
La vie monastique s’organisa autour de l’office, dit intégralement dès les premiers jours et qui n’a jamais connu d’interruptions. Outre l’aménagement de la maison, la cuisine, S. Théophane s’occupait du petit jardin, émerveillée par les rosiers grands comme les arbres et les caféiers en fleur.

Les premières étapes de la fondation du monastère

Les travaux commençaient dès le mois de juillet pour la construction du monastère.
Selon l’optique du temps, il fallait avant tout assurer un cadre "classique", selon des normes bien établies pour mener une vraie vie monastique. Le plan du monastère avait donc été conçu en France par un architecte et Mère Denys.
Le terrain à Ambohibary au nord de la ville était brousse inculte, il dut être déboisé, aplani, etc...
Les briques crues du mur de clôture furent faites sur place, celles pour le monastère achetées.
Mr Marc a tracé les futures fondations du monastèreMère Denys dirigeait les travaux avec deux contremaîtres malgaches : Marc protestant et François-Xavier venu du protestantisme. Il fut toujours pour nous un ami fervent catholique, et un bienfaiteur. Il ne craignait pas de se compromettre pour venir avertir le soir, à la nuit tombée, des malfaçons qui risquaient de compromettre la solidité des bâtiments.
Il envoyait aux Sœurs des bananes ou de la viande quand il jugeait qu’elles n’achetaient pas assez de vivres.
Son fils adoptif Édouard, menuisier, travailla de longues années au monastère et le plus grand nombre de nos meubles ont été faits par lui.
Sa fille aînée, Berthe à la grande joie du grand-père entra plus tard à l’alumnat, mais surtout peut-être pour répondre au désir de François-Xavier car ce n’était pas sa voie. Nous avons toujours gardé des liens d’affection avec elle et ses enfants.
Les hommes et les femmes employés à l’aménagement du monastère ou à la construction des bâtiments étaient au nombre de 70 ou 80, puis 100 avec les menuisiers. Une croix avait été érigée entre deux pierres levées. Ils venaient faire la prière avec François-Xavier et Marc avant de travailler. C’est la croix du potager.
Parmi les femmes, il y avait Anastasie, sœur de François Randrianasolo dont le fils Louis de Gonzague venait travailler le jeudi en 1935, il devait devenir le Fr. Léonard-Grégoire.

Pendant que s’élevaient les murs du monastère, S. Théophane, avec quelques jeunes filles venues s’initier à la vie bénédictine, transformait le terrain en potager et en verger.
Dès le matin, après avoir préparé le repas de midi, grâce à une marmite Lilor, elles partaient avec brouettes, bêches, sobika (corbeille), il fallait enlever les pierres, apporter du sable de la rivière pour alléger la terre, défricher, tracer des plates-bandes, des chemins et c’était tout un art d’apprendre à voir si c’était bien droit.
Tout cela au grand étonnement des gens, peu habitués en ce temps-là, à voir des religieuses faire ces travaux, on disait même qu’elles portaient du zezika (fumier) sur leur tête. (...)

Nous avons parlé des vocations qui se présentaient ; dès le mois de Juin 1934, le P. Derville amenait Odile. Les lettres de Mère François disent la joie de toutes, mais spécialement la sienne.
Comme elle s’était émerveillée devant les beautés de la nature tout au long du voyage, elle s’émerveillait devant cette première vocation qui lui était confiée, et lui trouvait toutes les qualités. Nous devons avoir une grande reconnaissance à S. Odile pour sa fidélité à travers bien des épreuves. Elle avait une foi profonde qui lui permit de les traverser, mais elle n’était pas trop faite pour une vie communautaire à longueur de vie. Après quelques années et ayant fait profession d’oblate, elle retourna vivre une vie de dévouement et de prière dans son village d’Imito, revenant régulièrement au monastère. Elle devait y mourir en Août 1983.
En Septembre arrivait de Tamatave Hélène, elle aussi, fut oblate et se dévoua à la fromagerie.
Et le 19 Octobre, juste avant la pose de la première pierre de l’église par Mgr Givelet, c’était Victoire Rasoazanany qui arrivait de Tananarive. Mère DenysAncienne élève des Sœurs de Cluny chez qui elle enseignait les petits, d’une famille très chrétienne (sa grand-mère avait été compagne de la Bienheureuse Victoire Rasoamanarivo et l’accompagnait à la Cour). C’est notre S. Marie-Madeleine (Elle est décédée le 6 Août 2001). Son papa l’amena lui-même tout ému, mais plein de foi, il la confia de tout son cœur à Mère Denys.

 
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