Bénédictines de Sainte Bathilde

Jésus le Christ au Centre Védantique Ramakrishna de Gretz

samedi 24 novembre 2012

Jésus le Christ au centre Védantique Ramakrishna de GRETZ le 12-13 Nov. 2012

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Plusieurs moines et moniales bénédictins et cisterciens du DIM et les hindous de l’ashram ont partagé la Parole de Jésus à ses apôtres : « Et vous, que dites vous ? Pour vous, qui suis-je ? » ( Luc 9,20 ; Mt 16,15 ; Mc 8,29)

C’est toujours une joie de nous retrouver ici dans cet ashram, et dans une grande liberté ! Pourquoi ? parce que je fais mienne cette phrase de Swami Vivekananda qui ordonnait à ses disciples : « Quand vous allez chez des hindous, faites-en de meilleurs hindous ; quand vous allez chez des musulmans, faites-en de meilleurs musulmans ; quand vous allez chez des chrétiens, faites-en de meilleurs chrétiens ». Quelle leçon de respect ! mais pas seulement car il y a aussi, ce souci de faire progresser l’autre dans sa tradition ! N’est-ce pas cela le véritable dialogue interreligieux ?

I – Ma réponse chrétienne à la question de Jésus à ses disciples : Pour vous, qui suis-je ?

Qui est ce Jésus, Juif, Yeshouah, qui est né, a vécu, a prêché et est mort en Asie ? Dans son Exhortation Apostolique post-synodale Ecclesia in Asia (L’Eglise en Asie du 6 Nov. 1999), le pape Jean-Paul II écrivait : « Dieu a choisi de commencer son plan de salut en terre asiatique […] C’est en effet en Asie que Dieu révéla et accomplit son dessein de salut depuis les origines […] Il envoya son Fils Unique, Jésus Christ le Sauveur, qui prit chair en tant qu’asiatique […] Parce que Jésus est né, a vécu, est mort, et est ressuscité des morts en Terre Sainte, cette petite portion de l’Asie de l’Ouest est devenue une terre de promesse et d’espérance pour toute l’humanité ». Il y a ici, dans cette citation de JP II, un condensé de ce qu’est pour moi, pour tout chrétien, ce Jésus, né de la Vierge Marie, qui a vécu sur les routes de la Terre Sainte, homme, semblable à nous, est mort, est descendu aux enfers et est ressuscité des morts, annonçant notre propre résurrection ! Une espérance formidable de vie, ici et maintenant, mais aussi, la Vie après la mort, la mort n’étant qu’un passage. Et puis surtout, dans ma recherche spirituelle, pouvoir dire un jour … peut-être seulement au terme de ma vie ici bas : « si je vis, ce n’est plus moi, mais le Christ qui vit en moi » (Gal 2, 20) … même si je le pressens déjà …

C’est par le sacrement du baptême que nous adhérons à ce Jésus qui va devenir le centre de notre vie. D’autant plus que ce Jésus s’inscrit dans le mystère trinitaire : la Trinité qui n’est pas un concept mais une vie, une expérience ! une circulation d’amour ! Le mot « Trinité » n’existe pas dans le NT ; l’expérience à laquelle il renvoie est en effet tout autre chose qu’une affaire de mots ! Quand je dis « mystère » (trinitaire), c’est le mot grec mustèrion qui a un sens très spécifique : il s’agit du dessein de Dieu, en germe dans la création, qui se déploie progressivement dans le temps. Le Mystère n’est pas ce qui arrête la pensée devant l’obscur ; il est au contraire ce qui nous donne toujours plus à penser … (la proclamation de l’événement pascal, les textes centrés autour du kérygme (Actes des Apôtres du NT) sont porteurs de ce qu’on nommera plus tard le mystère trinitaire)

A la question de Jésus « Pour vous qui suis-je ? » je réponds comme Simon Pierre :

« Le Christ de Dieu ! » dans Lc 9,20 ; « Tu es le Christ, le Fils du Dieu Vivant ! » dans Mt 16,15 ; « Tu es le Christ ! » dans Marc 8,29 à savoir, le Oint, Hamashiah, le Messie,

Pour nous les chrétiens, c’est le Jésus de notre profession de foi, exprimé par les symboles de la foi : le Credo (Je crois) (ce qui ne peut pas être professé par les croyants des autre traditions, même s’ils ont de l’estime et même une certaine vénération pour ce Jésus ; et c’est bien là la grande différence … au niveau de la foi !)

Symbole des Apôtres : (des premiers siècles du christianisme)

Je crois en Dieu, le Père tout-puissant, créateur du ciel et de la terre. Et en Jésus Christ, son Fils unique, notre Seigneur, qui a été conçu du Saint-Esprit, est né de la Vierge Marie, a souffert sous Ponce Pilate, a été crucifié, est mort et a été enseveli, est descendu aux enfers, le troisième jour, est ressuscité des morts, est monté aux cieux, est assis à la droite de Dieu le Père tout-puissant, d’où il viendra juger les vivants et les morts. Je crois en l’Esprit Saint, à la sainte Eglise catholique, à la communion des saints, à la rémission des péchés, à la résurrection de la chair, à la vie éternelle. Amen.

Symbole de Nicée-Constantinople : (issu des deux premiers conciles œcuméniques 325 et 381)

« Je crois en un seul Dieu, le Père tout-puissant, créateur du ciel et de la terre, de l’univers visible et invisible. Je crois en un seul Seigneur, Jésus Christ, le Fils unique de Dieu, né du Père avant tous les siècles : Il est Dieu, né de Dieu, lumière née de la lumière, vrai Dieu né du vrai Dieu, engendré, non pas créé, de même nature que le Père ; et par lui tout a été fait. Pour nous les hommes, et pour notre salut, il descendit du ciel ; Par l’Esprit Saint, il a pris chair de la Vierge Marie, est s’est fait homme. Crucifié pour nous sous Ponce Pilate, il souffrit sa passion et fut mis au tombeau. Il ressuscita le troisième jour, conformément aux Ecritures, et il monta au ciel ; il est assis à la droite du Père. Il reviendra dans la gloire, pour juger les vivants et les morts ; et son règne n’aura pas de fin. Je crois en l’Esprit Saint, qui est Seigneur et qui donne la vie ; il procède du Père et du Fils ; Avec le Père et le Fils, il reçoit même adoration et même gloire ; il parlé par les prophètes. Je crois en l’Eglise, une, sainte, catholique et apostolique. Je reconnais un seul baptême pour le pardon des péchés. J’attends la résurrection des morts et la vie du monde à venir. Amen.

II – Les « chrétiens de saint Thomas » en Inde

Les « Actes de Thomas », texte fondateur de la tradition millénaire, II°/III° siècle, attribuent l’évangélisation de l’Inde à saint Thomas, débarqué près de Kochi vers l’an 50. Les « chrétiens de saint Thomas », étaient établis au Kerala bien avant l’arrivée des Portugais. La prédication de saint Thomas en Inde est attestée dès le III° siècle en Syrie. Les chrétiens du Malabar se réclament aussi de saint Thomas, du moins dès l’époque où leurs traditions orales sont recueillies par les voyageurs des XIII° et XIV°. C’est pour cette raison aussi que la majorité des chrétiens se trouvent dans le sud de l’Inde, Tamil Nadu, Kerala et Karnataka. Saint Thomas serait enseveli à Mylapore près de Chennai. Quoi qu’il en soit, cette présence de Jésus le Christ en Inde, a permis a beaucoup d’hindous d’en prendre connaissance très tôt …. « De nombreux indiens, encore aujourd’hui, selon les dire de Michael Amaladoos, (théologien chrétien indien SJ in Jésus Asiatique), accepteraient Jésus comme leur gourou, (Maître ou avatar) même s’ils marquent une distance avec l’Eglise en tant qu’Institution » Ce qui m’amène au point III qui conclura mon propos …

III - Dans les autres traditions religieuses : les images asiatiques de Jésus

Dans les autres traditions religieuses aussi, Jésus est estimé, en tant qu’homme dont la non violence et l’amour des pauvres et des plus faibles ne laisse pas indifférent… ou comme un « avatar » parmi d’autres… Certains Maîtres bouddhistes ont apprécié Jésus : le Dalaï Lama « le Dalaï Lama parle de Jésus » ; Thich Nhat Hanh « Bouddha vivant Christ vivant » et « Bouddha et Jésus sont des frères » ; le Vénérable Buddhadasa « Un bouddhiste dit le christianisme aux bouddhistes ».

Mais c’est l’Inde qui nous intéresse ici, et donc tous ces indiens hindous dont j’ai fais la connaissance un jour dans mes études et qui ont accroché mon attention par leur propos sur Jésus, et leur prise en compte de la dimension éthique du christianisme … :
- Ram Mohan Roy (1774-1833) un Bengali hindou à qui on doit les premières réflexions indiennes sérieuses sur des thèmes chrétiens.
- Keshub Chandra Sen (1838-1884) un autre Bengali hindou lui aussi figure clé des débuts de la théologie chrétienne en Inde ; particulièrement réceptif à la figure du Christ. Mais il regrettera qu’elle soit présentée à l’Inde avec des traits européens alors que le Christ était fondamentalement un Oriental.
- Brahmabandhab Upadyaya (1861-1907), né hindou, de l’élite sociale bengalie, ouverte aux influences occidentale et qui reçu le baptême à l’âge de 30 ans. Il plaida toute sa vie pour un christianisme indigénisé et adapté à l’Inde. On peut parler pour lui de double appartenance : suivre la voie spirituelle enseignée par le christianisme et rester hindou par la caste, en respectant le code social normatif de l’hindouisme orthodoxe.
- Sri Râmakrishna (1836-1886 ) et Vivekananda (1863-1902)
- Gandhiji (1869-1948) Attiré par le Sermon sur la montagne de Jésus et son expérience de la Croix ;
- Swami Vijoyânanda « Ainsi parlait Christ » (1940), (un livre trouvé dans la bibliothèque de Cté !)

Mais, tous ces personnages là, je vous laisse éventuellement le soin de nous en parler, chers amis hindous !

S. Samuel osb

 
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