Bénédictines de Sainte Bathilde

L’EUCHARISTIE : comment participer ?

samedi 19 avril 2014

"Un jour", un groupe d’amis eut vent d’une question lancée par un éditeur ’Comment ne pas s’ennuyer à la messe ?’ et, relevant le défi, lui chercha une réponse... Le projet éditorial sombra dans l’oubli, mais le travail passionna le groupe ! Alors pourquoi ne pas l’éditer modestement, l’accueillir dans nos colonnes, au fil de ce Carême ?

LE SAINT ESPRIT ET L’EUCHARISTIE

« Cette coupe est la nouvelle Alliance en mon sang ; toutes les fois que vous en boirez, faites-le en mémoire de moi. » Oui, chaque fois que vous mangez ce pain et buvez à cette coupe, vous annoncez la mort du Seigneur jusqu’à ce qu’il vienne (1 Cor 11, 25-26).

En réalité : tant qu’il vient, aussi longtemps qu’il vient. Car le Christ n’est pas parti pour revenir « plus tard » - quand et où ? Son départ est une forme de présence : il est

le Dieu qui est, qui était et qui vient.

Il est le Venant, celui qui ne cesse de venir ; et c’est précisément dans l’Esprit Saint que se fait cette « Présence venante ». « Nous ne connaissons plus le Seigneur dans la chair », dit S. Paul (2 Cor 5, 16). Maintenant, nous le connaissons, nous le vivons dans l’Esprit Saint. C’est éminemment vrai de l’Eucharistie.

« L’Esprit intériorise, dans le cœur et le destin des croyants, l’événement historique de la Pâque. Si donc le Seigneur peut hic et nunc rejoindre les siens, il ne le peut que dans l’Esprit, et c’est pourquoi cette rencontre est une expérience vécue à la fois dans le Christ et dans l’Esprit, sans qu’il soit possible de séparer la Personne du Seigneur Jésus et celle de l’Esprit de la promesse » (R. Tillard ; NRTh 1968).

C’est à chaque minute, si nous pouvions y parvenir, qu’il nous est offert d’être conscients de cette Présence qui anticipe le temps où « toutes choses étant soumises au Christ, Dieu sera tout en tout » (1 Cor 15, 28). Mais, à chaque Eucharistie, elle nous est donnée sacramentellement, c’est-à-dire que le sens devient réel, plénier. Nous mangeons, nous buvons, nous communions au vrai Corps du Christ. Le Christ est ressuscité, son corps, sa chair ne sont plus matériels : ils sont spirituels, autrement dit, remplis, saturés d’Esprit. Ils sont ce que nous serons.

Quand nous recevons les Espèces spirituelles (que l’on appelle encore parfois les Saintes Espèces), nous nourrissons en nous la vie spirituelle, la vie éternelle. Nous mangeons le Christ et nous recevons l’Esprit.

L’Eucharistie est un acte eschatologique (= qui renvoie à ce que sera l’éternité devenue seul mode d’existence) : loin d’être une évasion du réel et de l’actualité, elle nous fait prendre au sérieux l’histoire et sa dynamique qui est une « marche vers ». L’histoire n’est pas fermée sur elle-même, comme un cercle qui indéfiniment se reproduit. Nous sommes des voyageurs et le voyage a un terme. La prière, l’Eucharistie, emmènent à la rencontre de celui qui vient, de ce point Oméga qui est le terme du monde.

Alors, nous apprenons à vivre notre histoire, la nôtre et celle du monde, tendus en avant, comme les disciples d’Emmaüs. Que se passe-t-il ? La tristesse, le manque de foi, leur font quitter le quotidien qui les blesse et ils s’en vont, mornes, froids. Mais quand, au partage de la Parole et du Pain, leur cœur se réchauffe et brûle d’Esprit, ils retournent en hâte vers Jérusalem qui symbolise tout à la fois leur histoire à laquelle ils reviennent, et la Ville définitive vers laquelle marche l’histoire.

Chaque fois que vous mangez ce pain et buvez à cette coupe, vous annoncez la mort du Seigneur, c’est-à-dire le Mystère pascal dans toute sa force de transformation de l’univers. Pâques, non pas événement passé, quand bien même on le réactualiserait à chaque célébration, mais réalité permanente, parce que réalité à jamais spirituelle. Dieu est Esprit, comme l’affirme la formule énigmatique de S. Jean (4, 24) et S. Paul (2 Cor 3, 17-18).

La révélation s’achève à la Pentecôte : Jésus nous a alors tout dit sur Dieu. L’être de Dieu est spirituel : c’est, au sein de la Trinité, ce que la Personne de l’Esprit Saint manifeste. Célébrer l’Eucharistie, c’est participer à la spiritualisation de l’univers, hâter le jour où Dieu sera tout en tout.

La célébration elle-même de l’Eucharistie

nous fait vivre la tension eschatologique. La célébration est elle aussi une « marche vers » : elle monte vers son sommet qui est la liturgie de communion. Voyons le parcours :

- La salutation trinitaire, au début, nous appelle que c’est Dieu qui convoque. Sa Parole est efficace, donc elle réalise, sacramentellement, le grand rassemblement de l’humanité, la consommation de l’unité du Corps du Christ, pour laquelle lui-même a prié.

- Dans l’écoute de la Parole, la double action du Verbe et de l’Esprit rend nos cœurs tout brûlants.

- Nous entrons alors plus avant dans le Mystère ; notre unité affinée, nous allons achever de célébrer l’événement transformant de la Pâque : « Prions ensemble au moment d’offrir le sacrifice de toute l’Église. » L’Anaphore rappelle « les grâces du Seigneur, tout ce qu’il a fait dans sa grande miséricorde » (Isaïe 63, 17) et il y a un premier sommet : l’épiclèse. Le célébrant prie (c’est-à-dire : nous prions) pour que l’Esprit fasse des dons ici offerts le Corps et le Sang du Christ, et dans le même mouvement nous transforme en lui, l’Esprit, nous rende vraiment pneumatophores (porteurs de l’Esprit). L’épiclèse concerne le pain, le vin et l’assemblée ; il n’y aura « communion » que « dans l’Esprit », et tout et tous doivent en être remplis.

- Un second sommet, si on peut dire, consiste dans la récitation du Notre Père. Rappelons-nous que le catéchumène le « reçoit » à une étape de son parcours vers le baptême. La Prière du Seigneur est un don, elle est la prière des fils.

L’introduction du Notre Père est très importante : ce n’est plus le moment d’une reprise de la prière universelle. Le monde n’est certes pas oublié, mais le début de la célébration nous a permis de l’entraîner avec nous dans cet élan qui nous conduit à cette union avec le Seigneur que nous allons vivre.

Nous le savons, en disant « Notre Père », tout est compris, le ciel et la terre sont unis. En cet instant de l’Eucharistie, dire le Notre Père, c’est laisser prier l’Esprit (Cf. Romains 8) et nos mots, même généreux, peuvent se taire. « Unis dans le même Esprit, nous pouvons dire avec confiance… » L’Esprit seul nous donne cette confiance, cette audace. Sommet mystique, vécu en assemblée, qui fait un avec la réception du Corps et du Sang du Christ.

Il n’est plus possible d’aller plus loin dans l’unité : la Trinité s’est donnée, elle circule en nous, entre nous et en chacun. En vérité, c’est déjà Dieu tout en tout.

« Si on savait ce qu’on fait, on, mourrait », disait le curé d’Ars. On mourrait, non de frayeur, mais parce que le passage serait fait ! Si nous mettions la même densité dans notre foi que Dieu dans la « réalisation » du don qu’il fait, alors, oui, la rencontre de nos « présences réelles » provoquerait la Parousie !

Chaque fois que nous mangeons le Pain et buvons la Coupe, nous annonçons la mort du Seigneur, car il vient, dans sa Résurrection.

 
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