Bénédictines de Sainte Bathilde

L’Huître du Déluge

vendredi 10 avril 2020

Tu seras l’huître de l’abîme. Quand se déchaîneront la violence et la haine, tu guetteras la lumière, l’infime rayon qui fait naître la perle.

Commence ici une succession de textes qui accompagneront le confinement, si vous le désirez ! Aujourd’hui, un extrait de L’enfant qui voyait les anges (éd. Salvator, 2015).

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Avant de lancer le Déluge, Dieu enferma la vie dans l’arche et les eaux purent envahir la terre. Elles tombèrent, noyant toute méchanceté dans leur abîme et leurs cataractes voilèrent le soleil. Alors il n’y eut plus que nuit et ténèbres, et l’air lui-même était noir, et le noir était épais et froid.

Dieu déchaîna un peu plus la tempête : un ouragan obscurcit encore le monde et le fracas de l’orage faisait trembler les ténèbres. La nuit était épaisse et jusques à quand ?

Mais de la violence même du tonnerre jaillit l’éclair. L’éclair déchira l’abîme des ténèbres et des eaux ; la flèche de lumière atteignit l’huître.

" Qui va là ? dit l’huître.

" Je suis la lumière, répondit l’éclair.

Vite l’huître s’entrebâilla et s’écria : " Je t’attendais !

Mais l’éclair déjà n’était plus là.

Puis Dieu referma les écluses du ciel et replia le rideau de pluie qui cachait le soleil. Le soleil sécha la terre et l’arche accosta sur le sol ferme. Noé ouvrit la porte : hommes et bêtes sortirent dans la lumière neuve.

Les enfants se mirent à courir joyeusement et à tout explorer. L’un d’eux découvrit dans un trou d’eau un caillou attaché à un rocher : c’était étrange et il restait là à regarder quand le caillou s’ouvrit, comme on soupire.

L’huître aspira la lumière et pleine de joie se referma, mais l’enfant avait eu le temps d’apercevoir sur sa chair devenue écrin, la blancheur irisée d’une perle, le baiser de l’éclair.

- Même si les hommes détruisaient complètement la terre, ce ne serait pas encore la fin du monde ?

- Non, oh non ! La fin du monde, ce sera un engloutissement de la création dans la lumière, alors il faut que ça vienne de Dieu.

- Mais justement, qu’est-ce qui empêche Dieu de faire avancer la lumière ?

- Eh bien, petit d’homme, qui dit qu’elle n’avance pas ?

- On le voit pas beaucoup. Les guerres font de plus en plus de mal, puisqu’on fabrique des armes de plus en plus puissantes.

- Es-tu Dieu pour scruter les cœurs et les reins ? Sais-tu ce qui se passe au fond des cœurs ?

- En attendant, murmura le petit garçon, y a des tas de mamans qui pleurent et plein d’orphelins.

- Petit enfant, tu attendras la lumière. Quand la terre redevint habitable, quand les enfants jouèrent à nouveau dans le soleil, quand les hommes rebâtirent et repeuplèrent la terre, la méchanceté ne disparut pas, et pourtant elle avait été plongée dans le grand déferlement des eaux. Dans les eaux jaillies de la souffrance de Dieu. On ne le sait pas, on ne le voit pas, on se débat, mais quel châtiment peut sortir du cri de Dieu : « J’ai appelé… Où es-tu ? » Il ne sort que la miséricorde.

Tu seras l’huître de l’abîme. Quand se déchaîneront la violence et la haine, tu guetteras la lumière, l’infime rayon qui fait naître la perle. Dans le cataclysme, l’eau vient de Dieu, on ne le sait pas, on croit que tout vient du Mal et que Dieu se tait ; enfant, les eaux qui submergent tout sont les eaux primordiales, couvées par l’Esprit, fécondées de miséricorde.

Elias n’était pas sûr de tout comprendre, mais l’éternité encore était là.

- Sois l’huître, petit enfant du Liban. Fais naître la perle qui fera avancer la lumière. Quand les hommes retrouvèrent la terre et le soleil et la lumière, sur leur grande peur étincela la promesse de l’arc en ciel – et puis on oublia les eaux et la fraîcheur du premier jour redonné, mais la perle est donnée et elle est donnée pour toujours.

Elias regarda l’icône, inondée de lumière. Infiniment tendre, l’Enfant regardait sa mère et les yeux de la Mère laissaient couler cette infinie tendresse.

 
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