Bénédictines de Sainte Bathilde

Le "NOTRE PERE", CYPRIEN DE CARTHAGE

dimanche 12 juin 2016

Un livre à savourer au soleil de l’été... A l’école de Cyprien, évêque de Carthage au IIIe siècle, redécouvrons la Prière du Seigneur, Maitre de miséricorde.

Ce commentaire du Notre Père, a dit Benoît XVI , « m’a beaucoup aidé à mieux comprendre et à mieux réciter la prière du Seigneur ».

Ce volume fait partie de la Collection "la Manne des Pères", aux Éditions Saint Léger.


Cyprien naît au début du III° siècle, sans doute à Carthage, la ville la plus importante de l’Afrique du Nord. Sa famille n’est pas chrétienne et c’est seulement quand il a environ 35 ans qu’il est baptisé.

Peu de temps après, le peuple de Carthage le choisit comme évêque. L’époque est particulièrement difficile ; l’empereur romain Dèce a déclenché la première des grandes persécutions s’étendant à tout l’empire. A l’intérieur de l’Église aussi, l’unité est menacée (rivalités, divisions sur des questions de foi). Cyprien met toute son énergie à chercher la réconciliation, dans la vérité et la charité.

L’unité est le but qu’il ne cesse de montrer. Alors qu’il est obligé, pendant un temps, de vivre dans la clandestinité, l’évêque continue de diriger l’Église de Carthage ; la lettre sur le Notre Père date vraisemblablement de cette époque.

On retrouve dans ce commentaire les thèmes chers à Cyprien, en particulier celui de l’unité : la discorde et l’inimitié empêchent la prière. Nous disons Notre Père parce que nous sommes un peuple uni.

Cyprien ira jusqu’au bout de son attachement au Christ : le diacre Pontius, qui écrivit sa Vie, raconte que l’interrogatoire fut court. En conclusion, on décide que Thascius Cyprianus sera tué par l’épée. Cyprien avait écouté cela comme on entend la messe. Lorsque le silence se fit, de ses lèvres jaillirent les mots que nous prononçons lorsque s’achève l’Eucharistie :" Rendons grâce à Dieu".

Il fut décapité, le lendemain, le 14 septembre 258.

Extraits du texte de Saint Cyprien

§ 8 Prions tous ensemble

Tout d’abord, le Maître de la paix et de l’unité ne veut pas que chacun prie tout seul et pour lui seul. Quand nous prions, chacun ne doit pas prier uniquement pour lui.

Nous ne disons pas : « Mon Père qui es aux cieux », ou bien : « Donne-moi aujourd’hui mon pain ». On ne demande pas le pardon de ses fautes pour soi seulement, et on ne demande pas pour soi tout seul de ne pas tomber dans la tentation et d’être délivré du mal.

Notre prière est publique et se fait en commun. Quand nous prions, nous ne le faisons pas pour une seule personne, mais pour le peuple tout entier, car le peuple tout entier ne fait qu’un.

Le Dieu de la paix, celui qui nous enseigne à n’avoir qu’un seul cœur, nous a appris l’unité. Il a voulu qu’un seul prie pour tous comme lui-même a porté tous les humains en lui seul.

§ 15 Qu’est-ce que la volonté de Dieu ?

La volonté de Dieu, c’est ce que le Christ a fait et enseigné. C’est nous conduire avec humilité, rester solides dans la foi, être simples dans nos paroles, faire des actions justes, montrer de la bonté dans nos actes et mener une vie honnête.

C’est être incapable de faire du tort à quelqu’un, mais être capable de supporter celui qu’on nous fait, garder la paix avec les frères et les sœurs aimer le Seigneur de tout notre cœur, l’aimer parce qu’il est Père, le respecter parce qu’il est Dieu.

C’est ne faire passer absolument rien avant le Christ, parce que le Christ n’a rien fait passer avant nous.

C’est rester fidèlement attaché à son amour, se tenir près de sa croix avec courage et confiance.

§ 23 Comme nous-mêmes nous pardonnons

Le Seigneur a ajouté une condition précise, et c’est une obligation absolue. Si nous lui demandons le pardon de nos fautes, nous devons nous-mêmes pardonner les fautes de ceux qui nous ont fait du mal. Nous devons savoir que nous n’obtiendrons pas le pardon de nos péchés, si nous ne pardonnons pas, nous aussi, à ceux qui ont péché envers nous.

(...)

Et le Christ commande cela avec plus de force encore, quand il déclare : Quand vous êtes debout pour prier, pardonnez à ceux qui vous ont fait du mal. Alors votre Père qui est dans les cieux pardonnera aussi vos fautes. Mais si vous ne pardonnez pas, votre Père qui est dans les cieux ne vous pardonnera pas non plus vos fautes (Marc 11, 25-26).

Le jour du jugement, tu n’auras aucune excuse : Dieu te jugera comme tu as jugé les autres. Ce que tu as fait, tu devras le supporter aussi toi-même. Dieu nous a ordonné de vivre en paix dans sa maison, d’être d’accord entre nous, et d’avoir un seul cœur.

Il veut que nous, les baptisés, nous vivions toujours comme il nous a faits à notre seconde naissance.

Nous qui sommes les enfants de Dieu, restons dans la paix de Dieu. Nous qui avons un même Esprit, ayons entre nous les mêmes pensées et les mêmes sentiments. Dieu n’accepte pas le sacrifice de celui qui aime les disputes : il lui ordonne de s’éloigner de l’autel pour, d’abord, se mettre d’accord avec son frère (voir Matthieu 5, 23-24).

Dieu accueille les prières de ceux qui vivent dans la paix. Pour Dieu, le plus grand sacrifice, c’est notre paix, c’est l’amour fraternel, c’est tout un peuple réuni par l’unité du Père, du Fils et de l’Esprit Saint.

§ 35 Le chrétien doit prier sans cesse

Pour nous, frères et sœurs très aimés, en plus des heures de la prière observées depuis longtemps, d’autres sont venues s’ajouter maintenant, pour rappeler d’autres mystères. En effet, il faut prier le matin pour célébrer par la prière la résurrection du Seigneur.

(...)

De même, quand le soleil se couche et quand le jour finit, il faut encore prier. Le Christ est le vrai soleil et le jour véritable.

Donc, quand le soleil se couche et que la lumière de cette terre disparaît, nous prions et nous demandons que la lumière vienne de nouveau sur nous.

Oui, nous prions pour que le Christ vienne. Lui nous accordera le don de la lumière qui dure toujours.

D’ailleurs, dans les Psaumes, l’Esprit Saint dit que le Christ est appelé « jour » : La pierre que les maçons ont rejetée est devenue la pierre de fondation. C’est le Seigneur qui a fait cela.

Quelle action magnifique ! Voici le jour que le Seigneur a fait. Chantons et dansons de joie ! (Psaume 117, 22-24).

De même, le prophète Malachie affirme que le Christ est appelé « soleil ». Il dit : Pour vous qui aimez et respectez le nom du Seigneur, le soleil de justice va se lever : il apporte la guérison dans ses rayons (Malachie 3, 20). Ainsi, les Livres Saints déclarent que le vrai soleil et le jour véritable, c’est le Christ.

Aucune heure n’est donc indifférente pour les chrétiens : ils doivent adorer Dieu souvent et même tout le temps.

Nous qui sommes dans le Christ, c’est-à-dire dans le soleil et dans le jour véritable, nous devons prier et supplier Dieu tout au long du jour.

Quand, après le jour, revient la nuit selon la loi de la nature, rien dans l’obscurité de la nuit ne peut nous empêcher de prier.

Pour les enfants de lumière, la nuit elle-même est jour. Est-ce que celui ou celle qui a la lumière dans le cœur peut être privé de lumière ?

Celui pour qui le Christ est soleil et jour, quand donc peut-il manquer de soleil et de jour ?


COMMENTAIRES

« Par le baptême, nous avons été plongés avec lui dans la mort. Mais la puissance glorieuse du Père a réveillé le Christ de la mort, pour que, nous aussi, nous vivions d’une vie nouvelle » (Romains 6,4).

Quand les évangélistes, Paul et les autres apôtres affirment cela, ils ont eux-mêmes été saisis par cette expérience… incroyable, mais qu’ils ne peuvent nier.

« Jésus Christ est Seigneur », c’est-à-dire Dieu. Ce charpentier sans éclat, c’est Dieu qui a pris la chair humaine, pour que nos vies, elles aussi, soient divinisées.

Être baptisé, c’est proclamer, dans son être entier, que le Fils de Dieu « par l’Esprit Saint, a pris chair de la Vierge Marie, et s’est fait homme » (texte du Credo). Et que cela a des conséquences sur nos vies à nous. Ce ne sont pas des mots, mais une réalité brûlante dont vivent les témoins (et chaque baptisé est témoin).

Quand Cyprien, à la suite des générations qui l’ont précédé, rappelle la force du baptême, il sait le poids de cette affirmation. Ce n’est pas une leçon de morale, un catéchisme abstrait qu’il écrit aux chrétiens dont il a la charge, mais une expérience de rencontre qui engage sur des chemins nouveaux C’est-à-dire qui engage, qui enclenche une façon nouvelle de voir, de comprendre, de vivre.

C’est ce que disent les nouveaux baptisés, mais aussi ceux qui, baptisés dès le plus jeune âge, vivent une ‘conversion’, autrement dit une prise au sérieux de leur baptême.

Voici que la vie prend un sens nouveau. Voici que la connaissance de Jésus le Christ, le Fils, ne peut qu’aller de pair avec une vie en cohérence avec ce que lui-même a vécu, a transmis. Voici que cette expression qui en effraie plus d’un, la « volonté de Dieu », devient une nécessité d’amour. Nécessité garantie par une certitude : Dieu ne veut que notre bien, c’est-à-dire qu’il ne tend pas de piège ; il est amour et vie inlassablement offerts.

Ainsi cette réconciliation de nos désirs en une seule volonté (chapitre 16), celle du Père qui veut que nous vivions, pourra nous conduire à des extrêmes dont nous ne nous serions jamais sentis capables.

« Quand c’est le moment de combattre pour son honneur et pour son nom, c’est montrer : au tribunal, de l’assurance pour affirmer notre foi, sous la torture, la fidélité qui fait de nous des lutteurs, à l’heure de la mort, le courage de souffrir » (Chapitre 15).

On se souvient du temps où vivait Cyprien, on sait les menaces qui pesaient sur lui. Notre époque n’a rien à envier aux atrocités de jadis, et voici que continuent de se lever des générations de témoins attestant que l’amour est plus fort que la mort et la haine… L’amour, pas l’idéologie.

Témoignage et fanatisme ne font pas bon ménage.
« Frères et sœurs très aimés, nous devons savoir et nous rappeler ceci : quand nous disons « Père » à Dieu, nous devons agir comme des enfants de Dieu. Ainsi, de même que nous nous réjouissons d’avoir Dieu pour Père, Dieu doit se réjouir à cause de nous. Conduisons-nous comme des temples de Dieu, pour qu’on puisse constater que Dieu habite en nous.

Nos actions ne doivent pas être indignes de l’Esprit » (Chapitre 11).

Oui, mais… sur quels critères discerner ce qu’est, dans le concret du quotidien, la « volonté de Dieu » ? Question de tous les âges et de tous les lieux…

Tout se résume en une formule lapidaire (Chapitre 15) :

« C’est ne faire passer absolument rien avant le Christ »

et ne jamais en oublier la raison :

« parce que le Christ n’a rien fait passer avant nous. »

On pourra dire que ce n’est pas une réponse très concrète. En fait, elle délimite un cadre qui replace dans la liberté les exigences de toute vie.

« Nous qui sommes devenus saints par le baptême, nous le prions et le supplions de nous aider pour que nous soyons toujours ce que nous sommes devenus » (Chapitre 12).

Nous nous trompons, nous tombons chaque jour. Notre faiblesse est une réalité, que « le Seigneur a voulu prendre sur lui » (Chapitre 14).

Quand Cyprien recommande de « penser et agir comme les habitants du Ciel », il sait que nos efforts n’y suffiront pas. Il montre le but, comme une promesse que Dieu veut réaliser en nous.

Sainteté n’est pas impeccabilité. Vouloir parvenir au but à la seule force des poignets peut conduire au dépit, au découragement. La sainteté, c’est faire l’expérience du pardon, une expérience qu’il faudra faire et refaire à longueur de vie, mais qui fera éclore paix et douceur.

La sainteté, c’est garder le regard fixé sur le Christ : nous expérimenterons que tout change… et nous aussi.

 
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