Bénédictines de Sainte Bathilde

Pèlerinage à Assise et Rome

dimanche 17 juillet 2011

Père Mark Butlin nous avait proposé de venir voir sur place la manière dont se déroulent les sessions du Monastic Formators’ Programme [la formation anglophone]. Il avait alors été décidé que Sr Marie irait passer quelques jours à Rome.

J’ai donc eu la grande joie, pendant quelques jours, de revoir l’Italie. Nos frères et sœurs anglophones partagent leur temps entre Rome (deux mois) et Assise (un mois) : ma visite a coïncidé avec leur séjour dans la cité franciscaine et elle a mêlé étude et pèlerinage !
Très fraternellement accueillie, j’ai « plongé » dans une expérience enrichissante qui fécondera notre travail de préparation. Bien sûr, j’ai assidument fréquenté les 5 heures d’enseignement quotidiens… en anglais, mais le sujet étant, à ce moment-là, la lectio divina, j’ai pu sans trop de difficulté suivre ce qui se disait !
Joie de ce grand bain monastique international : les participants, cette année, étaient 29, de 20 nationalités différentes – Afrique, Asie, Amérique (les deux !), l’Europe étant nettement minoritaire (deux ou trois sœurs). La journée est rythmée par les cours qui comportent aussi des moments de partages en groupes, les offices et l’Eucharistie (tôt le matin), du temps personnel. Une vie fraternelle réelle se tisse entre les participants, ce qu’ils semblent apprécier !
La beauté des lieux ajoute évidemment à la richesse de l’expérience !

Assise


Couronnant l’une de ces collines qui, entourées de monts plus élevés, sont le charme de l’Ombrie, Assise se donne soudain à voir, au détour de la route ou de la ligne de chemin de fer ; on la reconnaît aussitôt, et que ce soit la première, la quatrième ou la centième fois peut-être, on est saisi !
Voici la basilique Saint François, surmontant le couvent bâti à flanc de coteau : on n’imagine pas le paysage sans ses longues ouvertures qui se voient de loin et semblent des tuyaux d’orgue faisant chanter la ville.
La cité est d’ocre chaud : simple impression, car ses couleurs sont multiples, mais elle dit le sentiment d’harmonie qui frappe le regard – le sentiment que cette cité tellement célébrée est la nôtre. On va vers elle comme à une rencontre attendue…

Assise a un charme très personnel : constat banal, mais réalité si douce à vivre !

La ville a depuis longtemps débordé la cité médiévale, la célèbre, ceinte de remparts : au fil des siècles et des constructions nouvelles dévalant la colline, elle a rejoint la plaine, fusionnant avec Santa Maria degli Angeli, le petit bourg ancien dont la célébrité tient à sa basilique ; édifiée lentement entre 1569 et 1679, celle-ci est l’écrin de la minuscule chapelle de la Portioncule, témoin privilégié des débuts de l’aventure franciscaine. Elle est la troisième églisette restaurée par François et c’est là qu’il décida, au début de 1208, d’« épouser Dame Pauvreté », se consacrant à la prédication et gagnant son pain par le travail manuel ou l’aumône. C’est encore à la Portioncule que, quatre ans plus tard, il accueillit au milieu des frères la jeune Claire Offreduccio et coupa ses longs cheveux blonds.

François et Claire embrassent la ville ! Leurs deux basiliques encadrent la cité médiévale ; à une extrémité, la Basilique San Francesco : en réalité, deux églises superposées, construites au-dessus de son tombeau ; à l’extrémité opposée, Santa Chiara, qui a la garde du corps de Claire (ainsi que de nombreuses reliques, dont une partie de sa chevelure) et du Crucifix qui, dans la pauvre chapelle de San Damiano (saint Damien), s’adressa au fils de Bernardone, le riche marchand.
Assise, c’est la grâce d’une cité qui, tout en maintenant palpable la présence de saint François et sainte Claire, n’est pas une ville-musée.
J’aimais, tôt le matin et le soir, tard parfois, sillonner ses rues, croiser les enfants qu’on accompagnait ou ramenait de l’école, les voitures aux conducteurs parfois pressés de partir au travail ou d’en rentrer, sentir la vie bourdonner, quotidienne, prier à Santa Chiara, découvrir au hasard des ruelles d’autres églises, parfois très simples, comme la petite chapelle de San Stefano, dont la cloche, dit-on, sonna l’annonce de la mort du poverello, et que ne fréquentent pas seulement touristes ou pèlerins… J’aimais retrouver les jeux de lumière si caractéristiques de l’Ombrie ou de la Toscane : quelle couleur ont donc les pierres ? Elles passent, comme pour rire, du gris à l’ocre, à moins que ce soit l’inverse, et même le marbre blanc se fait joueur : Santa Chiara, le savez-vous, est mauve quand descend le soir, un vrai mauve qui va se teindre de violet – mais déjà la nuit est là.

Avant de quitter Assise, allons à San Damiano. Le groupe de Père Mark a la chance immense de loger dans une maison d’accueil qui n’est pas vraiment intra muros, mais n’est qu’à cinq minutes de la Basilique Sainte Claire et, de l’autre côté, à cinq minutes de San Damiano ! Que rêver de mieux, surtout si j’ajoute que la vaste demeure est entourée d’un grand jardin planté d’oliviers…
On visite toujours le petit monastère qui fut le berceau des « Pauvres Dames », les Clarisses, et bien sûr, on est saisi, à chaque fois, par tant de simplicité et de beauté. Aujourd’hui, des Franciscains vivent dans le couvent adossé au bâtiment ancien et, chaque soir, chantent Vêpres dans l’églisette qui n’a sans doute guère changé depuis le XII°s : l’affluence est telle qu’une partie de la foule reste sur le parvis.

Camaldoli


Les sorties et pèlerinages font partie intégrante du Monastic Formators’ Programme et le voyage à Camaldoli était prévu, alors que j’étais présente. À 3h d’autocar, au nord-ouest d’Assise, Camaldoli, situé dans la forêt millénaire des Apennins, est assez haut en altitude (plus de 1000m) : la route est superbe et, par moments, sauvage et escarpée. On nous avait conseillé de prévoir quelques pulls !

Au début du XI° siècle, la société européenne est déchirée par les luttes entre les pouvoirs politiques. L’Église elle-même est embourbée dans ces querelles et le monachisme traverse lui aussi des crises. Saint Romuald, moine de l’Abbaye Saint Apollinaire in Classe, à Ravenne, fait entendre l’appel originel à la fidélité radicale à l’évangile et à la liberté intérieure. Il meurt en 1027, laissant une nouvelle forme de vie religieuse qui allie cénobitisme et érémitisme.
Camaldoli, en effet, conjoint la dimension communautaire et la dimension solitaire, qui s’expriment respectivement dans l’Ermitage - le " Sacro Eremo" - et dans le Monastère, les deux formant ensemble une seule communauté. Ses armoiries traditionnelles, formées de deux colombes qui s’abreuvent à un même et unique calice, expriment symboliquement cette communion dans la diversité, alimentée par la relation avec Dieu.

Nous avons commencé notre pèlerinage par l’Eremo, établi dans un endroit plus à l’écart : accueil chaleureux à l’entrée, puis visite de l’ermitage de saint Romuald qui permet de voir ce qu’est une cellule de camaldule. Elle est assez semblable, dans le principe, à un ermitage de Chartreux, avec des variantes, cependant, dont la plus visible est qu’en Chartreuse, la cellule comporte deux étages. L’originalité de Camaldoli, du reste, marque la différence : le Chartreux choisit définitivement la solitude, alors qu’un même moine camaldule peut passer d’un mode de vie à l’autre. De la cour d’entrée, on aperçoit l’ensemble des ermitages : on dirait un petit village, mais la vingtaine de cellules est agencée de façon telle que la solitude est entièrement préservée. L’église, dédiée à la Transfiguration, consacrée en 1027, a été plusieurs fois restaurée et sa façade fut achevée en 1714. Elle réunit les frères pour certains offices et l’Eucharistie que nous avons célébrée avec eux, avant de descendre au monastère : un peu plus bas dans la montagne, il est situé sur la voie de communication utilisée pour le transport du bois coupé dans la forêt environnante.

Le Monastère, détruit par deux incendies en 1203 et 1276, comprend l’hôtellerie, le Cloître de Maldolo, la Pharmacie (1543), le Réfectoire (1609) et l’Église des Saints Donato et Ilariano qui, détruite par l’incendie de 1203, reconstruite en 1220, puis de nouveau endommagée, fut reconstruite en 1510. L’édifice actuel date des années 1772-1775.

Un bon déjeuner nous fut servi à l’hôtellerie, puis le Père Prieur nous reçut avec un autre moine, un jeune Chinois, parlant parfaitement italien et anglais, pour un entretien qui traitait bien sûr de ce qui se vit à Camaldoli, mais aussi de la vie monastique dans le monde d’aujourd’hui. Ne me demandez pas trop en détail ce qui s’est dit, car j’avoue avoir fini par décrocher : l’heure de la sieste n’est guère propice au jonglage linguistique ! Je ne devais pas être tout à fait la seule, car je crois me souvenir que les questions ne se sont pas éternisées ; il est vrai que nous avions un timing serré : il nous restait à visiter le monastère, la Pharmacie, salles qui sont à la fois musée et magasin (la communauté continue de produire tisanes, liqueurs, savons et autres shampoings, baumes etc.) et à ne pas oublier que trois heures de route nous attendaient !

Une journée dense et passionnante. En Europe, on trouve des Camaldules, en Italie, France, Pologne, Hongrie et Autriche. Les communautés camaldules hors d’Europe sont aux États-Unis, en Inde, en Tanzanie et au Brésil.

Rome

La Ville éternelle n’était pas directement au programme, mais comment se contenter de l’aéroport ? J’ai donc pu passer à Rome, avant de m’envoler pour la France, deux journées bien remplies. Je me contente d’évoquer ici deux lieux : le Tarstevere et Tre Fontane.
Le quartier du Trastevere (trans Tiberim, au delà du Tibre) était un quartier populaire, même si, aujourd’hui, un peu comme le Marais parisien, il est devenu un lieu recherché, fréquenté des touristes et des artistes. C’est la partie de Rome la plus ancienne, là qu’elle fut fondée, dit-on, et les « Trasteveriens », très fiers de leurs origines, se considèrent comme les vrais Romains !
Le quartier est relativement étendu et comporte des lieux célèbres, comme la basilique de Sainte Marie du Trastevere. Elle a probablement été la plus ancienne église de Rome : fondée au IIIème siècle par le Pape Calixte III à l’emplacement d’un miracle qui se serait produit en 38 avant Jésus Christ [une source d’huile aurait jailli à cet endroit, annonçant le Christ dont la bonne nouvelle se déverse sur le monde], elle fut consacrée à la Vierge Marie probablement à l’époque du Concile d’Éphèse en 431. Même si l’inscription sur la chaire épiscopale affirme que c’est la première église dédiée à la Mère de Dieu, elle n’est pas la plus ancienne église mariale de la ville : Sainte-Marie-Majeure reste la doyenne, puisqu’elle a été consacrée à la Vierge dès sa construction, au IVe siècle.

La piazza in Piscinula est petite, bruyante, j’allais dire grouillante de monde : son nom fait référence aux bains publics qui étaient établis là, mais dont il ne reste aucune trace. On n’imaginerait pas trouver là (même si, à Rome, c’est vrai, il faut s’attendre à tout !) ce petit bijou antique (X° ou XI°s) qu’est l’église San Benedetto in Piscinula (Saint-Benoît-à-Piscinula). Elle est dédiée à Benoît de Nursie qui, dit-on, lors de ses études à Rome, était accueilli par la famille Anicii qui avait là sa maison.

L’étroit espace vénéré comme étant la cellule qu’occupait saint Benoît, remonte aux traces d’une chapelle datant du VIIIe siècle ; l’église édifiée ensuite a respecté ce lieu qui, intégré à la chapelle latérale qui l’accueille, n’en fait manifestement pas partie originellement. C’est dire qu’on gardait le souvenir de posséder une relique de grande valeur.
Non loin de là, on peut visiter une autre cellule, celle de Saint François, qui logeait au Trastevere, lorsqu’il se rendait à Rome. C’est une pièce minuscule, transformée en oratoire, et adossée à une église tenue par des Franciscains.

Avant de quitter le Trastevere, obliquons vers le Tibre pour la visite de la Basilique de San Bartolomeo in isola (saint Barthélémy en l’Ile), haut lieu de l’histoire romaine. Située dans l’île Tibérine, à la limite du Trastevere et de l’ancien quartier juif, la basilique a plus de mille ans et a été édifiée sur un lieu de pèlerinage déjà connu : depuis des siècles, il y avait là un temple très fréquenté, dédié à Esculape, dieu de la médecine.
La basilique est aujourd’hui un lieu de prière et de rencontre, confiée en 1993 à la Communauté de Sant’Egidio. Elle est, depuis quelques années, l’église des martyrs du XX°s.

En 1999, Jean-Paul II décida, dans le cadre de l’Année jubilaire 2000, de créer une commission « Nouveaux Martyrs », dont la tâche était d’enquêter sur les témoins de la foi du XXe siècle. Elle rassembla quelque 12.000 fichiers provenant des diocèses du monde entier.
Le 12 Octobre 2002, lors d’une célébration œcuménique présidée par le Cardinal Camillo Ruini et le patriarche orthodoxe roumain Teoctist, l’icône des témoins de la foi du XXe siècle a été solennellement bénie et placée sur l’autel. Les chapelles latérales ont été dédiés, chacune, à un pays ou un continent dont elles gardent reliques, photos, documents : on retrouve avec émotion nombre de souvenirs de l’Algérie, l’Amérique latine et de bien d’autres lieux.

La Communauté de Sant’Egidio est née à Rome, en 1968, au lendemain du Concile Vatican II. C’est aujourd’hui un mouvement de laïcs auquel participent plus de 50.000 personnes, investies dans l’évangélisation et dans la charité à Rome, en Italie et dans plus de 70 pays des divers continents. Elle est "Association publique de laïcs".

Tre Fontane

Dans les faubourgs, au sud de Rome, au-delà de la Basilique Saint Paul hors les Murs, un lieu garde vivace le souvenir du martyre de l’Apôtre : Tre Fontane. Il s’agit aujourd’hui d’un vaste ensemble où se retrouvent diverses influences et présences. Le terrain est la propriété des Cisterciens, qui ont confié la responsabilité de certains lieux, au diocèse ou à d’autres.

Saint Paul
L’endroit était connu dès avant l’ère chrétienne pour ses aquae salvae, eaux curatives. Mais il était aussi, de par son éloignement de la ville, le lieu des supplices : il n’est pas étonnant que Paul, lui aussi, ait pu y être décapité. On continue de faire mémoire d’un saint Zénon, massacré, en juillet 298, avec un grand nombre de ses compagnons, soldats accusés d’être chrétiens.
Du point de vue archéologique et hagiologique, il est intéressant de noter que l’authenticité de ce lieu n’a jamais été remise en cause et qu’il n’a jamais été concurrencé. On a trouvé trace d’un édifice à la mémoire de Paul, datant du Ve siècle. N’oublions pas non plus que la basilique Saint Paul hors les Murs n’est pas loin et qu’elle est le signe, elle aussi, d’une longue tradition attachant l’Apôtre à ces lieux.
Une tradition tenace rapporte que la tête de l’Apôtre aurait rebondi trois fois, faisant, à chaque impact, sourdre une source. Dans l’église Saint Paul actuelle, on continue de vénérer ces «  trois fontaines » : le long du mur droit de l’édifice, protégées par une grille, les sources, canalisées, font jaillir leurs eaux. Dans la crypte, une cellule serait celle où Saint Paul aurait été détenu, avant son supplice.

Saint Bernard
En 1138, Saint Bernard, alors qu’il célébrait une messe pour les morts, dans l’oratoire sur l’emplacement duquel a été édifiée l’église de Santa Maria Scala Coeli, eut une vision : une échelle menait au ciel les âmes libérées du purgatoire. L’église actuelle, en briques et en travertin, remonte au XVIe siècle ; elle est de forme octogonale, surmontée d’une coupole et d’une lanterne. Elle est construite au-dessus d’une crypte dédiée à Zénon et ses compagnons.

La vie monastique est implantée en ce lieu depuis au moins le VII°s, époque où un monastère est construit par des moines grecs, ayant peut-être fui leur pays lors de l’invasion arabe de la Cilicie. Un empereur d’Orient leur confie les reliques de saint Anastase, moine perse mis à mort par Khosro II en 624. Après le grand schisme de 1054, la plupart des monastères grecs en Italie sont progressivement repris par des moines occidentaux ; en 1080, le pape Grégoire VII fait venir des moines clunisiens.
En 1140, le pape Innocent II confie l’abbaye à Bernard de Clairvaux et aux moines cisterciens. L’ordre de Cîteaux est alors en pleine expansion. Tre Fontane est fille de l’Abbaye de Clairvaux et le premier abbé envoyé par Clairvaux est Pier Bernardo Paganelli (de Pise), disciple et ami de saint Bernard. En 1145, il devient pape sous le nom d’Eugène III.
C’est de cette époque que date l’église abbatiale ; elle est en forme de croix latine avec une abside carrée et des chapelles latérales, et se compose de trois nefs.
Elle était dédiée à Saint-Anastase, et c’est en 1370 que l’on y a adjoint Saint Vincent, lorsque les reliques de ce dernier, martyr espagnol, sont arrivées au monastère de Tre Fontane.

Charles de Foucauld
Les Petites Sœurs de Jésus ont depuis plusieurs années transféré leur Fraternité Générale, du Tubet (près d’Aix en Provence) à Tre Fontane. Sur un beau terrain en hauteur, planté d’eucalyptus, elles ont édifié un véritable petit village, pouvant accueillir, dans des bâtiments en bois, très simples, mais harmonieux, les sœurs venant du monde entier.
Une très belle chapelle, à la charpente enveloppante, propice à la fois à la prière communautaire et à l’oraison personnelle est le cœur du village. Des oratoires ici ou là occupent les sous-sols : les Petites Sœurs ont reconstitué dans l’un d’eux, la petite chapelle de Beni Abbés, ajoutant un petit ‘musée’ avec divers objets, dessins de frère Charles.

Et pour tant de merveilles, rendons grâce !

 
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