Bénédictines de Sainte Bathilde

RAMEAUX

samedi 24 mars 2018

Entrée dans la Semaine Sainte... Entrée dans le grand Mystère de Dieu qui se fait homme jusqu’à la mort.

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Après l’avoir traité avec mépris et bafoué, Hérode le revêtit d’un manteau magnifique…

Quelques jours plus tôt, cet homme dont on se rit maintenant, entrait à Jérusalem et sa monture foulait les manteaux dont on recouvrait le chemin.

Rameaux d’acclamation et blasphèmes de la Passion : le dimanche qui précède Pâques célèbre comme un unique événement gloire et dérision. L’Histoire n’a pas attendu Jésus de Nazareth pour savoir combien les foules sont versatiles…

Mais prenons le temps d’interroger cet instinct de dérision.

Un homme seul que l’on vient d’arrêter et que des gardes brutalisent en s’en moquant : caricature abjecte d’un amour, d’un don, d’une vie violemment objectivée, posée en objet qu’on peut ridiculiser : « Fais le prophète ! » « N’es-tu pas le Christ ? Descends de la croix ! » Il y a une torture plus féroce que les coups – bourreaux et victimes le savent. Plus profond que le coup physique, plus long à cicatriser, est le coup frappé par le rictus de mépris.

Des milliers d’hommes, de femmes, d’enfants sont ainsi humiliés, bafoués, tournés en ridicule, sans autre défense que le silence. Jésus a connu cette brûlure.

Celui qui est venu nous rendre notre dignité d’hommes libres, est traité avec le degré le plus raffiné du mépris, et les Évangiles insistent sur ce côté de la Passion, comme pour en montrer la souffrance infiniment douloureuse.

On peut mépriser quelqu’un de bien des manières : la plus odieuse, la plus lâche aussi, sera de s’emparer de ce que, affectivement, spirituellement, il a de plus intime, pour le tourner en dérision. Avilir le précieux d’un être et le piétiner dans l’éclat de rire gras du sarcasme.

« Hérode profita de lui pour amuser sa garde : ils lui passèrent un habit somptueux et le renvoyèrent ainsi à Pilate. Et d’ennemis qu’ils étaient jusque-là, Hérode et Pilate, à partir de ce jour, devinrent amis. »

Car la dérision est généralement un sport d’équipe : nous en faisons souvent la triste expérience, dans la vie et dans les médias. Quand des rires épais et obscènes saluent le dessin dit humoristique (on oublie que l’humour est fin), où est la vérité de l’être humain ? de celui qu’on traîne dans la boue, comme de ceux qui applaudissent servilement ?

Les braves Romains de la garde n’étaient sans doute pas spécialement dépravés, et les rieurs d’une assemblée, au café, à la télé ou ailleurs, ne sont pas tous foncièrement sadiques. Tout ce monde-là, de retour à la maison, est capable de s’attendrir devant le sourire de son petit, avec parfois, un vague remord d’être allé, cette fois, un peu trop loin...

Ou alors le retournement copernicien, à l’image du centurion au pied de la croix : « Vraiment, cet homme est fils de Dieu ».

Mais, le plus souvent, le réflexe fonctionne… dérisoire. Plus sournois que l’instinct de violence qui se réveille à la vue du sang, se tapit le vieux réflexe qui fait hurler avec les loups : il faut une liberté intérieure très forte pour tenir ‘un contre tous’. On ne veut pas avoir l’air faible, ringard etc., alors on rit avec la foule – mais était-ce vraiment drôle ?

Jésus se taisait… Silence de la victime, silence de Dieu. Quand nous accusons Dieu de se taire, d’être absent, indifférent, regardons le Christ. Jésus se tait, ne répond même pas quand Pilate l’interroge. Ce n’est pas mépris (inconnu de l’innocent), ce n’est pas faiblesse (il reste le « Dieu fort », le Rocher), mais une infinie compassion qui lui fera murmurer : « Père, pardonne ».

Il sait ce qu’il y a dans l’homme, non pour juger ni condamner, mais pour réhabiliter, transformer, accomplir.

Seuls compassion et émerveillement feront fondre la dérision. Être pris aux entrailles par la misère et la beauté de tout être, sans naïveté, ni moralisme. Laisser fondre résistances et peurs pour découvrir que la laideur du monde est le verso d’une fresque qui attend que nous l’achevions, que les couleurs déjà nous sont données : elles chantent au petit matin de Pâques…

Pour l’ensemble des trois Jours Saints : ENTRER DANS LA SEMAINE SAINTE

 
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