Bénédictines de Sainte Bathilde

Semaine de prière pour l’Unité des chrétiens

lundi 20 janvier 2020

L’unité des disciples du Christ n’est pas une obligation pragmatique ou socio-affective, ni non plus un impératif moral, mais une nécessité essentielle parce que Dieu est Dieu, c’est-à-dire unité...

Tous ces conflits qui défigurent l’homme, image de Dieu, ternissent le visage que nous renvoyons de Dieu. Il en va de la vérité.

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Un cantique nous fait dire : « Ne déchirons pas la tunique du Christ »… Cela part d’un bon sentiment, mais est en fait complètement inadapté : nous n’avons pas le pouvoir de déchirer la tunique que les soldats, dit l’Évangile (Jean 19, 23-24), laissèrent entière parce qu’elle était tissée « d’une seule pièce, de haut en bas ».

Ce que l’évangéliste a relevé dépasse l’anecdotique ; ce qui a été écrit est écrit, tel un signe renvoyant à une vérité qui demeure. Le vêtement du Christ, comme son corps (dont on ne brisa pas les os), reste intact, un. D’où la question que très tôt l’on se posa : à quelle mystérieuse réalité ces détails renvoient-ils ?

« L’unité apportée par le Christ vient d’en haut, du Père céleste, et elle ne peut, par conséquent, être divisée par celui qui la reçoit, mais doit être accueillie intégralement », expliquait S. Cyprien, au IIIe s. De fait, spontanément, les Pères, commentant ce passage, renvoient à l’unité du Peuple de Dieu.

L’unité, don à recevoir

L’unité n’est pas « le simple produit de l’action humaine » mais avant tout « un don de Dieu, qui comporte une croissance dans la communion avec le Père, le Fils et l’Esprit Saint » (Benoît XVI, pendant la Semaine de prière pour l’unité, janvier 2011).

Cela signifie que l’unité existe, est DÉJÀ là, dans le Cœur de Dieu, dans le regard qu’Il pose sur nous. Même si elle n’est, c’est trop clair, PAS ENCORE là, nous marchons vers un but que nous pouvons déjà contempler, dans la foi, parce qu’il est don originel.

Ne l’oublions pas : ce don, durant tout le temps qu’on appelle celui de l’Église indivise, a bel et bien été visible. Jusqu’à la fracture qui, au XI° s, sépara Orient et Occident, les Églises, dans leur diversité, étaient unies – non sans tension, mais en communion réelle. Souvenons-nous que ce qui a été, peut encore être : parole d’or pour le travail œcuménique.

Le mystère de l’Église

Les chrétiens sont appelés à être UN, parce qu’ils sont le Corps du Christ : sommes-nous suffisamment conscients de la puissance de ce que nous disons ?

Nous sommes un corps, c’est déjà très fort ; le corps est un symbole d’unité parlant (saint Paul ne l’a pas ‘inventé’ : c’était un lieu commun antique) : les membres ne peuvent faire bande à part ! Mais il s’agit désormais du Corps du Christ : S. Paul, cette fois, dépasse la sagesse de son temps et, émerveillé, contemple la mystérieuse réalité de l’Église. Ce qu’elle est, dans le dessein du Père (cf. le chapitre 1 de la Lettre aux Éphésiens), nous n’avons pas le pouvoir d’empêcher qu’elle le soit...

Disons-le d’emblée : le Corps du Christ dépasse les limites de l’Église visible. Le Christ est mort pour « rassembler dans l’unité les enfants de Dieu dispersés », c’est-à-dire tous les hommes. Quand, au soir du Jeudi Saint, Jésus demande à son Père : « Que tous soient UN » (Jn 17, 21), c’est l’humanité entière qui est contenue dans cette prière, qui accomplit le grand désir universaliste, affiné au cours des siècles et éclatant déjà chez Isaïe.

L’Église, corps visible, est bonne et nécessaire, en tant que signe et avant-goût de cette unité totale, accomplie. Oui, il est grand, le mystère de l’Église. Et c’est donc exactement là qu’il faut placer le scandale de la division des chrétiens. Car voilà que cette réalité sacramentelle ne peut accomplir ce qu’elle signifie : l’Église, sacrement d’unité, est divisée.

L’unité des disciples du Christ n’est pas une obligation pragmatique ou socio-affective, elle n’est même pas un impératif moral : elle est une nécessité essentielle (une nécessité d’être), parce que Dieu nous a voulus UNS, à son image. Dieu est Dieu, c’est-à-dire unité ; la déchirure, la haine, tous ces conflits qui défigurent l’homme, image de Dieu, ternissent le visage que nous renvoyons de Dieu…

Il en va de la vérité. Quelle image de Dieu offrons-nous au monde, alors que nous sommes divisés, déchirés ?

Voir L’UNITÉ DE L’ÉGLISE

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Nous ne pouvons actuellement boire au même calice : mesurons-nous l’énormité du scandale ? Communier les uns chez les autres, alors que l’on sait que, sauf exceptions reconnues, il est demandé de s’en abstenir, paradoxalement, banalise le scandale : nous ne le résolvons pas, nous le masquons. Prier, servir, lutter pour la paix et la justice etc. toutes choses que, Dieu merci, nous faisons déjà, nous mettent sur le chemin de la réconciliation, mais il demeure une écharde.

Que signifie ne pas communier quand je suis dans une autre Église que la mienne ? C’est reconnaître dans ma chair, dans mon cœur, tout mon être, que nous ne sommes pas en pleine communion, prendre conscience que c’est un état qui devrait nous plonger dans le repentir, car « l’unité absolue des membres de l’unique Corps » est actuellement bafouée. Si la souffrance d’un tel scandale pouvait nous devenir vraiment insupportable…

Je fais un rêve : un jour, lassés des divisions entre baptisés, les chrétiens, des plus humbles et des plus obscurs, aux plus voyants, qu’ils soient patriarches, cardinaux ou ce que vous voulez, bref, le peuple de Dieu en son entier, Orient, Occident, Nord, Sud, tous, orthodoxes, protestants de toutes tendances, catholiques, anglicans, se refuseraient à célébrer l’Eucharistie… Un refus massif, conscient.

L’Eucharistie est le sacrement du Corps uni ? Nous y croyons et c’est une affirmation grave, une affaire de « Présence réelle », et nous irons au bout de sa logique : nous ne sommes pas unis, or le Christ n’est pas divisé, alors que signifient ces célébrations juxtaposées ? Tant que l’unité ne sera pas rétablie, il ne peut y avoir de célébration valide.

Je rêve : lassés de nos schizophrénies collectives et de nos prétentions à être, chacun, les seuls « vrais », tous, responsables d’Églises ou modestes catéchumènes, se lèvent et refusent que soit fait ce qui doit être « fait en mémoire de Moi », l’Unique, jusqu’à ce que, morts de faim et de soif, les peuples se retournent enfin vers le frère dont la réconciliation assurera la vie…

Mais voilà : en faisons-nous une question de vie et de mort ?

 
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