Bénédictines de Sainte Bathilde

TOUSSAINT

jeudi 5 novembre 2020

Nous reprenons la mise en ligne de Laudes (7h45) et Vêpres (17h30).

offices

N’hésitez pas à nous faire part de soucis et intentions de prière. Ensemble nous les confierons au Seigneur.

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Confinement : ce nouvel épisode n’a même pas pour lui le goût du nouveau. Et il arrive alors que le monde est las, pire : blessé, heurté par l’horreur. Où plonger notre espoir et le convertir en espérance ?

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La liturgie nous offre une coïncidence évidemment pas préméditée : nous entrons "en confinement" alors que nous célébrons la Toussaint. Toussaint, fête non des morts, mais des vivants !

La Toussaint

est une fête instituée à Rome, au 7e s, en partie pour remplacer le culte de « tous les dieux », le « Panthéon » devenant l’église Sainte Marie des Martyrs. On peut ajouter qu’une fête de tous les saints permettait (et permet) de faire honneur à une dimension essentielle de la foi : nous sommes un corps ou, pour le dire plus carrément, nous ne nous sauvons pas seuls.

La « communion des saints », c’est cela. Nous marchons sur le chemin de la foi, en nous soutenant les uns les autres. On voit qu’il est facile ainsi de glisser au jeu de mots, Tous Saints.

Au fait, qu’est-ce que « être saint » ? Pas simple, et les choses se compliquent encore quand on voit l’Évangile que l’Église propose pour la Toussaint : ni plus ni moins les Béatitudes !

« Heureux les pauvres, les affamés, ceux qui pleurent, les persécutés… » et ce qui accompagne ces affirmations : « ils seront rassasiés, consolés, ils auront la terre en héritage… »

Le bonheur ? Qu’est-ce donc ? Une compensation dans l’au-delà ? Ou, autre interprétation, les Béatitudes seraient-elles un programme pour apprenti à la sainteté ? un code pour examen de conscience ? une feuille de route pour réforme sociale ?

Quelqu’un. Même si, à l’occasion, ces phrases peuvent nous servir de miroir, souvenons-nous : elles sont d’abord une icône, celle du Christ, le Doux, le Pauvre, le Persécuté, Celui qui a pleuré et peut être le Consolateur, le Miséricordieux dont « la miséricorde s’étend d’âge en âge » (Magnificat).

Un miroir ? Non pour nous comparer : nous sommes de toute façon perdants ! Non pour vouloir, à la force du poignet, correspondre à cet idéal, politique ou personnel - même s’il n’est jamais défendu de s’essayer, quotidiennement, à plus de douceur dans nos jugements, à plus de justice dans nos rapports - ni, à l’extrême inverse, tellement l’idéal est haut, nous contenter de ne plus voir dans le texte qu’une aimable litanie.

On en revient à cette vérité : le Royaume des cieux, c’est d’abord QUELQU’UN ! Quelqu’un dont la contemplation nous rend désireux de la ressemblance, par « un besoin d’amour », comme disait fr. Charles de Jésus, devenu ce frère universel, à l’image de son Seigneur.

La sainteté, ce n’est pas l’impeccabilité. Le saint est un amoureux qui porte sur le monde le regard du Christ, voilà, rien d’autre. Bien sûr, chez certains « saints », c’est éclatant : un François d’Assise, un Charles de Foucauld, une Mère Teresa, pour ne citer que ces noms emblématiques, mais tous « les petits, les obscurs, les sans grades » qui, au long des jours, au long des rues posent leurs yeux de compassion, leur cœur de feu sur la vie, telle qu’elle est, avec ses joies et ses misères, et non telle qu’il faudrait qu’elle soit, ceux-là aussi sont les saints.

Il est un autre texte bien connu : l’hymne à la charité. Aux Corinthiens (1Co 12,12), qui ne sont pas précisément un modèle de vertu et n’ont pas le partage spontané, saint Paul rappelle un « fondamental » : nous sommes un corps - c’est la communion des saints.

Et, comme l’instinct de comparaison (et de domination) est plus fort que nos belles considérations, il va oser cette cantillation tout simplement folle :

« J’aurais beau avoir tous les dons et même me livrer au feu, si ce n’est pas par amour, c’est du vent, du vide.

L’amour prend patience, ne jalouse pas… Il croit tout, espère tout… » (1Co 13, 1).

Peut-on risquer un tel discours, si c’est juste pour exhorter à être plus gentil ? C’est encore plus fou : ces braves pécheurs invétérés (c’est nous), Paul les prend par ce qu’il y a de plus haut, c’est-à-dire l’image de Dieu.

La sainteté ? une folie d’amour que Dieu partage avec l’homme.

Demain, alors, nous pourrons prier pour les morts. Les larmes coulent en ces jours difficiles. Demain plongeons-les dans l’amour plus fort que la mort.

 
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