Bénédictines de Sainte Bathilde

Toujours sur le chemin de l’Unité…

lundi 17 janvier 2011

Deux « anciennes » qui ont illuminé notre route nous précédent dans la Jérusalem céleste :

- Sœur Myriam, diaconesse de Versailles, décédée en 2010
- Mère Daniel, bénédictine de Martigné-Briand, décédée en 2005.

deux passionnées de l’Unité des chrétiens…

deux des trois responsables des communautés « fondatrices » de la fraternité oecuménique d’Etoy.

Retour sur deux « Visitations » :

- chez les Bénédictines de Martigné-Briand en 1976
- chez les Diaconesses de Versailles en 2010

S. Myriam avait visité pour la première fois notre monastère de Martigné-Briand en juin 1976 avec quelques unes de ses sœurs de Versailles, afin de prendre un premier contact avec la communauté catholique qui allait participer à la petite fraternité œcuménique d’Etoy.

De profondes affinités et une connivence d’intuitions fortes s’établirent là, déjà, entre ces deux femmes M. Daniel et S. Myriam.
L’une, vive comme le feu du prophète Elie qui « surgit comme un feu et dont la parole brûlait comme une torche » et qu’elle aimait particulièrement ;
l’autre, douce et calme au regard clair, droit, profond et visionnaire ;
elles avaient en commun le désir brûlant de l’unité des chrétiens ;
un « feu intérieur » les habitaient l’une et l’autre.

S. Myriam avait de qui tenir et s’inscrivait déjà dans un chemin tracé par la fondatrice des Diaconesses, Caroline Malvesin, qui écrivait en 1841 de façon visionnaire :
« Pour moi, je sens que mon œuvre serait d’agir par le Seigneur pour hâter le moment bienheureux où il n’y aura plus qu’un seul troupeau guidé par un seul Berger ! Toute œuvre où se trouverait esprit de coterie, de parti, de secte, de couleur autre que la grande couleur chrétienne, répugnerait à mon âme, refroidirait mon zèle, paralyserait mes moyens d’action […]
Par rapport aux œuvres, qu’on ne pense pas à demander de celles qui y mettraient la main, sont-elles catholiques ? sont-elles protestantes ? mais plutôt qu’on se dise en rendant grâce à Dieu : elles sont chrétiennes ! et le Seigneur peut faire cela […]
Oh ! quand viendra le temps où l’on ne se rappellera des mots protestant, catholique, que pour rendre grâce au Seigneur de ce qu’ils n’existent plus, et où la grande famille chrétienne se désaltèrera à la source d’eau vive qui jaillira jusqu’à la vie éternelle »
_ (lettre du 10 février 1841).

Le mercredi 20 octobre 1976

Ce jour-là, lors de la première rencontre pour la fondation d’Etoy, qui eut lieu au monastère de Martigné-Briand, après la sonnerie joyeuse de nos trois cloches, Mère Daniel osb, Prieure, accueillait ainsi ses hôtes :
« Nous disposons de peu de temps, c’est vrai, mais je pense qu’il nous faut prendre le temps ! prendre le temps de regarder nos visages, de faire connaissance,, de nous reconnaître, de nous retrouver… »
De fait, se trouvaient là, catholiques et protestants : les Diaconesses de Versailles, de St Loup en Suisse, les Pasteurs et Prêtres de Suisse, des habitants d’Etoy…
M. Daniel rappela que saint Benoît dit des hôtes qu’« ils doivent être reçus comme le Christ ». L’accueil se fit devant l’icône de la Trinité à l’entrée du réfectoire et M. Daniel rappela qu’à l’image de ces trois Visiteurs de l’icône de Roublev, il nous fallait adorer le Christ qu’on reçoit en chaque hôte.
« Voilà ce que saint Benoît demande à ses moines et il convient à mes sœurs comme à moi-même de peser le mot Recevoir car il est lourd de sens. Une communauté n’a pas seulement à accueillir mais aussi à recevoir. Et nous savons quel poids de grâce c’est pour nous de vous recevoir chacun et chacune venant de si loin, en Pèlerins, pour connaître le monastère qui donne Sœur Jacques […]
Et vous, chère S. Myriam ? que vous dire ? nous continuons notre route ensemble »

Voir les photos :

1976 à Martigné-Briand

Le mardi 7 décembre 2010

Ce jour-là, lors de la Célébration d’ « Action de grâce pour la vie de Sœur Myriam », (décédée le 30 octobre) chez les Diaconesses à Versailles, se retrouvèrent là, protestants et catholiques. Nous étions sept sœurs présentes de notre Congrégation : de Martigné Briand, de Vanves, de Saint Thierry, de Thu Duc.
Ce fut une joie pour toutes de retrouver nos Sœurs Diaconesses de Versailles avec leur Prieure Sœur Evangéline qui fut toute à tous, S. Marianne de St Loup (Suisse), mais aussi Soeur Minke de la communauté de Grandchamp et Sœur Danièle, prieure de la communauté de Pomeyrol.
Cette Célébration fut rythmée par cette citation du Patriarche Ignace IV d’Antioche, à la communauté des Diaconesses en 1983 :

« Soyez le ciel pour vos contemporains, le ciel est en vous ! »

Voir les photos :

Le 7 décembre 2010 à Versailles

Le ton du « silence » et de la « communion des saints » fut donné dès le début
et l’intuition monastique de S. Myriam tangible et bien évoquée par le Pasteur Laurent Schlumberger, Président du Conseil National Réformé de France.
La succession de divers éléments de la Célébration : la musique de l’Armée du Salut, les chants de la communauté des Sœurs Diaconesses, les citations de la Règle de Reuilly, les Lectures de l’Ecriture, les divers témoignages, et les « Prière », firent revivre, sous nos yeux ce visage paisible et cette Diaconesse active et contemplative que fut Soeur Myriam qui eut l’intuition et rédigea la Règle de Reuilly dans cette perspective de replacer la vie monastique au cœur du protestantisme. C’était déjà l’intuition de la fondatrice Caroline Malvesin ; inflexion prise sous la responsabilité de sœur Viviane et de sœur Myriam.
Sœur Myriam n’écrivait-elle pas dans ses Entretiens , « Vivre, tout simplement » (2005) :
« Dans la Règle, j’ai mis la contemplation en vis-à-vis du travail. J’aurais pu la mettre à côté de la prière. Je m’en suis bien gardée. Je ne veux pas séparer l’activité créatrice du désir de prier. Je me défie de la démesure du silence. De façon éperdue, je cherche à concilier en moi, Marthe et Marie. Je me hérisse contre les propos si simples opposant l’une et l’autre […] Les contemplatifs sont des gens qui ont énormément de travail. Il suffit de penser à la vie de Bernard de Clairvaux unissant écriture, prière, et direction de plusieurs chantiers de constructions d’abbayes. Il constitue un exemple important pour notre temps »

Dans le récit qu’elle fit de son expérience de la maladie dans le grand âge, elle écrivit :
« Je suis pleine d’émerveillement et d’étonnement. Etonnement d’être vivante, de participer à cet immense jaillissement de la Vie. L’étonnement n’est pas un sentiment neuf en moi, ni l’émerveillement. Mais leur acuité s’est faite plus profonde encore. Je suis passée dans la vallée de l’ombre de la mort. Cet affleurement de la mort fait sourdre de mon être, de mon cœur, de mes entrailles l’évidence quasi charnelle que tout est don, que tout est grâce. Le cantus firmus, la tonalité la plus profonde de la prière se love dans une louange. Louange de goûter à cet étonnement, amer et doux, d’avoir été rappelée à la vie ».

… appelée à la VIE désormais ! chère Sœur Myriam !…
« emportée dans un tourbillon de feu, sur un char aux chevaux de feu » du prophète Elie …
« heureux ceux qui se sont endormis dans l’amour, car nous aussi nous vivrons sûrement ».
(Ben Sirac, 48, in TOB 2010).

… et Merci !

Merci à ces deux pionnières, Mère Daniel et Sœur Myriam, unies pour l’éternité.

Sr. Samuel osb
Monastère de Martigné-Briand

 
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