Bénédictines de Sainte Bathilde

UN ENFANT DANS LA CRÈCHE

samedi 24 décembre 2016

Dans la nuit, un murmure. Écoutez… Quelle est cette voix qui raconte ? La nuit est belle, et le ciel tout étoilé, et du fond de l’étable, la voix raconte Noël.

Du fond de mon étable, depuis des jours déjà, j’entends dans le lointain des bruits inhabituels pour un village comme le mien…

Bruits de voix d’hommes et de femmes, jeunes et moins jeunes, cris d’enfants, pleurs de nouveau-nés, aboiement des chiens, raclement de sabots, et la poulie du puits à la porte de Bethléem…

Bref tout un remue-ménage qui intrigue les bêtes, ce soir, tout particulièrement, elles ne viennent pas à moi pour manger comme à leur habitude…

La paille reste donc là, sans qu’elles la touchent, tant elles sont perturbées par cette agitation plus grande encore ce soir, que tous les autres soirs.

La nuit est belle pourtant, et le ciel tout étoilé appelle au recueillement et à la rêverie, plutôt qu’à cette cacophonie… Les hommes ne savent plus lever la tête et faire silence tout occupés qu’ils sont à trouver un gite pour la nuit et se ravitailler.

Des mots comme « recensement », « édit », « César », retentissent jusqu’ici. C’est donc cela ! Tout ce monde est là pour ça : pour se faire recenser !

Mais plus les jours passent, et plus il en arrive, et les places se font chères !

Cela explique soudain qu’un couple est amené ici par l’aubergiste qui leur dit : «  Il n’y a plus de place dans la salle. »

La femme se déplace difficilement, elle a l’air épuisé et son époux s’affaire immédiatement pour l’installer confortablement. Ses gestes sont précis et emprunts de douceur…

Cependant une sourde inquiétude semble l’habiter : la jeune-femme est enceinte et l’aubergiste lui a refusé l’aide de son épouse… « Pas de temps, pas de place. Installez-vous ici, c’est tout ce que je puis ». Et il est reparti, le laissant seul avec son âne, sa désolation et Marie…

c’est ainsi qu’il vient de l’appeler.

Quand il prononce son nom, un souffle divin s’amuse à mélanger les lettres et cela donne quelque chose comme AIMER… Oh oui, il y a de l’amour entre ces deux êtres là !

Marie, elle, ne semble pas inquiète… elle regarde Joseph avec confiance et le rassure d’un sourire plein de tendresse… :

- «  Allons, mon époux, semblent dire ses yeux, tu sais bien que le Fils à venir est un don de l’Esprit, il viendra au monde avec la même douceur avec laquelle il a été conçu. Ne crains pas. »

Ses yeux à lui répondent :
- «  Comment recueillerai-je ce fruit de l’Amour Divin en ces mains de charpentier ? Elles sont si rudes pour la peau d’un nouveau-né, et si peu délicates pour le Fils du Très-Haut ? »

- « Oui, mon époux, mais elles sont si tendres avec le bois le plus dur, si habiles et patientes à confectionner l’ouvrage le plus délicat ! »

Ce dialogue silencieux emplit tout l’espace.

Les bêtes se sont calmées. C’est le temps de l’attente, et chacune semble se recueillir et retenir son souffle.

Les minutes s’égrainent et les heures s’écoulent doucement, tranquillement, sereinement…

Un ange passe, puis deux, puis trois, puis une multitude, dans un bruissements d’ailes duveteuses…

Le silence revient dans un halo de lumière qui enveloppe Marie…

Et soudain : le cri d’un tout petit, pépiement d’oiseau à peine sorti du nid. Dans les bras de Joseph, Marie, a déposé son fruit. Des étoiles illuminent leurs regards attendris, perles de larmes qui éclairent la nuit...

Un ange, solitaire, traverse la nuit, pour annoncer à de simples bergers près d’un troupeau, couchés, la venue du Sauveur…

Grande joie sur la terre et paix à tous les hommes,

clame l’armée céleste dans le froid de la nuit. L’enfant, emmailloté de langes, est maintenant couché. Au creux de moi, blotti, il dort comme un ange.

La paille que les bêtes ce soir n’ont pas mangée lui sert de petit nid.

Les voici qui s’approchent et soufflent de leurs naseaux sur le petit berceau où Marie a couché le petit pain béni, le petit pain de Vie…

Signe de joie donné aux bergers dans la nuit.

Signe de choix pour celui qui, un jour, se fera Eucharistie.

Signe de croix quand le linceul du tombeau remplacera les langes du berceau.

 
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