Bénédictines de Sainte Bathilde

Une yeshiva ישיבה au monastère ?

mercredi 11 septembre 2013

Scruter les Ecritures avec l’aide du père Michel Remaud de l’Institut Albert Decourtray de Jérusalem (Institut chrétien d’études juives et de littérature hébraïque) est une véritable aventure spirituelle et surtout la possibilité d’une véritable compréhension de l’Ancien Testament et du Nouveau Testament.

Benoît XVI

Exhortation Apostolique Verbum Domini n°40 (rapport entre l’AT et le NT)

« Nous affirmons que Jésus de Nazareth était un Juif ... La racine du Christianisme se trouve dans l’Ancien Testament et le Christianisme se nourrit toujours de cette racine. »

Scruter les Ecritures...

Cet exercice demande aussi l’organisation d’un lieu d’étude où il est possible de revenir à tout moment pour scruter le Texte … d’où le nom de yeshiva (école talmudique) donné à notre « salle commune » baignée de soleil et de nature. Oui, nous étions bien « à l’école talmudique », pour une session d’exégèse rabbinique.

Entrer dans la logique de la Tradition, Torah orale (Mishna) et Thora écrite (Miqra), c’est connaître la tradition juive. Beaucoup de chrétiens ne savent pas qu’une tradition juive existe autre que l’Ancien Testament (AT). Le Judaïsme a développé sa tradition, comme la tradition chrétienne a fait naître, de la même façon, toute une tradition. Durant cette session nous nous sommes donc laissé instruire par la Torah, le Talmud, le Midrash et le Targum. Mais aussi, la Didachè, Justin, les Pères de l’Église, Philon d’Alexandrie qui nous donnent nombre d’informations sur le Judaïsme.

Midrash

Ce qu’on appelle le Midrash מברש, du verbe darash (chercher), c’est l’exégèse juive ancienne, le commentaire de la Torah תורה par les savants Juifs de l’Antiquité (1er au V° siècle de notre ère), époque de la Mishna, du Talmud et des Pères de l’Eglise ! Le Midrash se situe dans la continuité du Targum. Ecrit plus savant, plus technique que le Targum, mais dans sa continuité. Le Midrash, c’est d’abord une activité avant de devenir une littérature ; il s’agit de « chercher », « creuser », « interroger », c’est une recherche intensive et un effort sous-tendu par la volonté de trouver.

Targum

Le Targum, c’est la traduction araméenne des textes de la Bible. Le terme Targum signifie « traduction » et dérive du verbe hébreu tirgem, expliquer, traduire. Le Targum est comme une amplification du texte biblique : en quelque sorte, il incorpore les notes à l’intérieur du Texte ! Les « Targums » [Targumim] représentent le premier chaînon entre l’Écriture et son interprétation traditionnelle dans les synagogues. Ces sont des témoins privilégiés de la tradition juive la plus commune.

C’est ainsi que nous sommes entrées dans cette tradition avec bonheur ! Le texte biblique présente souvent des ruptures de continuité. Pour les commentateurs anciens, ces hiatus dans l’Écriture méritent un effort d’interprétation. De nombreux midrashim prennent pour point de départ ces failles du texte.

En voici un exemple :

Dans le Talmud Taanit 9a, nous lisons : « Rabbi Yosi fils de Rabbi Yehuda dit : Trois bons intendants se sont levés pour Israël, ce sont Moïse, Aaron, et Miriam ; et trois dons précieux furent donnés à cause d’eux : ce sont le puits, la nuée et la manne. Le puits, par le mérite de Miriam ; la colonne de nuée, par le mérite d’Aaron ; la manne, par le mérite de Moïse. Miriam mourut et le puits se retira, comme il est dit : C’est là que mourut Miriam (Nb 20,1) ; et il est écrit ensuite : Il n’y avait pas d’eau pour la communauté (Nb 20,2) ; et il revint par le mérite des deux. Aaron mourut et les nuées de la gloire se retirèrent comme il est dit : Le Cananéen roi d’Arad entendit (Nb 21,1) ; qu’entendit-il ? Il entendit qu’Aaron était mort et que les nuées de la gloire s’étaient retirées. Il estima qu’il lui était permis d’attaquer Israël ; il est écrit en effet : toute la communauté vit qu’Aaron avait expiré (Nb 20,29) (…) les deux revinrent par le mérite de Moïse. Moïse mourut et ils se retirèrent tous, comme il est dit : Je supprimai les trois pasteurs en un seul mois (Za 11,8). Mais sont-ils morts en un seul mois ? Miriam n’est-elle pas morte en Nisan, Aaron en Av, et Moïse en Adar ? Mais cela nous enseigne que ce sont les trois dons qui disparurent en un seul mois ».

Nous voyons ici que malgré l’égalité apparente entre les trois personnages, c’est celui de Moïse qui est mis en valeur, puisque c’est seulement à sa mort que disparaissent les trois dons. C’est le lien entre Miriam et l’eau qui fournit le point de départ du commentaire, mais sa pointe met en valeur la personne de Moïse … « lui que le Seigneur connaissait face à face » (Deut 34,10).

Sœur Samuel

ATAD

Livre des Juges 9.14-15

Alors tous les arbres dirent au buisson d’épines : « Viens, toi, règne sur nous ». Et le buisson d’épines répondit aux arbres : « Si c’est de bonne foi que vous voulez m’oindre pour votre roi, venez, réfugiez-vous sous mon ombrage ; sinon, un feu sortira du buisson d’épines, et dévorera les cèdres du Liban. »

Étrange, non, ce buisson capable d’accueillir tous les arbres sous son ombre ? Exagération orientale ? Avant de recourir à cette explication, regardons l’hébreu : il ne parle pas de buisson d’épines, mais bel et bien d’un arbre, un arbre immense, aux racines tentaculaires, dont il reste des spécimens en Israël ; il se nomme Atad.

Mais un arbre, aussi gigantesque soit-il, peut-il abriter une forêt ? Non, non, ne revenez pas à l’hyperbole ! Cet arbre a une spécialité : il ne supporte pas qu’on l’approche et ses racines, comme des bras de pieuvres, se chargent de faire le vide autour de lui.

Du coup, notre parabole s’éclaire : regardez bien à qui vous voulez proposer la royauté ! Si on relit l’ensemble du chapitre : Abimélec s’est, on dirait aujourd’hui, autoproclamé chef sur Israël et, par d’habiles propos, a obtenu la faveur du peuple. « Tous les habitants de Sichem et toute la maison de Millo se rassemblèrent ; ils vinrent, et proclamèrent roi Abimélec, près du chêne planté dans Sichem. » Or il a pris soin de faire le vide autour de lui et de tuer les prétendants légitimes.

C’est alors que Jotham, échappé au massacre, lance un cri d’alarme et, par le biais de la fable des arbres en quête d’un roi, tente de ramener le peuple à la triste réalité. Tous les arbres, sagement, se désistent, seul le Atad propose ses services. Avec quelle ironie…

 
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