Bénédictines de Sainte Bathilde

VENEZ A L’ECART

lundi 13 août 2018

« Venez à l’écart et faites une pause. »

Un beau programme de vacances au cœur de l’été !

Le lac, l’appel des collines toutes proches, sur lesquelles bientôt tomberont les couleurs du couchant, une barque… Les disciples, au retour de leur premier envoi en mission, joyeux des récits à faire au Maître, et une foule de gens qui vont et viennent, les pressant de leur attente. « Venez à l’écart et faites une pause. »

Un beau programme de vacances au cœur de l’été ! Mais les choses vont tourner autrement. La foule aperçoit la barque qui s’éloigne : elle la devance et, en débarquant, Jésus et les Apôtres voient que tous les attendent. Ci-finit le repos escompté : Jésus se met à enseigner ces brebis sans berger qu’il faudra ensuite nourrir.

Une scène romantique qui peut offrir, par exemple, deux lectures : la mission ne souffre aucune rémission, le chrétien devient taillable et corvéable à merci. À l’inverse, on va tenter d’harmoniser cet oubli de soi et le devoir de « prendre soin de soi », une exigence contemporaine à ce point répandue qu’on en fait le vœu amical concluant lettres et entretiens.

Deux lectures, à visée moralisante ou psychologique, qui ont leur pertinence bien sûr, mais qui oublient de se demander d’abord ce qu’a voulu transmettre le récit : le but premier de l’Évangile n’est pas de nous dire ce qu’il faut faire (Jésus lui-même n’a jamais voulu répondre à ce genre de demande) ; l’Évangile est confession de foi, la considération éthique n’étant jamais qu’une conséquence d’un dynamisme existentiel, d’une « bonne nouvelle » qui transforme la vie.

Les Évangiles transmettent l’inouï d’une révélation inconcevable, qui est folie et scandale (1Co, 1-23) : « Dieu s’est fait chair et Il a planté sa tente chez les hommes ». C’est une bonne clé de lecture pour ouvrir un texte. Aujourd’hui, quelle contemplation de Dieu-Homme nous offre cet épisode ?

Ce bref récit fait partie de l’ensemble constitué par le chapitre 6 : il a débuté avec le retour de Jésus dans sa ville de Nazareth où son autorité d’enseignant a fait scandale ; reprenant son ministère itinérant, il envoie à leur tour ses apôtres en mission. Le passage que nous lisons s’ouvre sur une scène familière de joyeux retour, suite normale du départ en mission ; or, curieusement, Marc a, juste avant, inséré le récit détaillé de la mort de Jean- Baptiste.

Cette interruption brutale est un signe dramatique très lourd ; incompréhensions, critiques et bientôt menaces se resserrent autour du rabbi galiléen, et le martyre du Précurseur présage la Passion. C’est pourtant sur une scène populaire enthousiaste que la narration continue : pris de compassion, Jésus enseigne longuement la foule qui l’a devancée de l’autre côté du lac.

Les découpages liturgiques sont souvent frustrants et même inexacts ! Pourquoi ne pas donner l’épisode complet ? Il est tard, l’endroit est désert (on espérait s’y reposer !), comment nourrir tous ces gens ? Les disciples ont le bon réflexe : « Renvoie-les dans les villages ! » - Non, dit Jésus, donnez-leur vous-mêmes à manger. Et ce sera la multiplication des cinq pains et des deux poissons. Jésus pris de compassion : le mot est rare ; il faut ajouter qu’il est à la fois féminin et divin ! En grec (comme en hébreu), la racine du terme désigne les entrailles de la femme. Il n’est employé, dans les Évangiles, que pour Jésus et, dans les paraboles, pour des figures renvoyant à Dieu.

Cet homme, pris aux entrailles par cette foule en quête d’un berger, que va-t-il faire ? Les enseigner. Il semble que cet acte soit le leit motiv de tout l’ensemble : Jésus enseigne à Nazareth, de ville en ville ; il en confie la tâche aux Apôtres.

Aux hommes perdus, il faut donner sens, rendre le sens ; l’urgence est là, même si la mort rôde. Ces hommes ont faim, dans tout leur être : Dieu ne choisit pas ! Il n’y a pas une faim qui serait noble et une autre mesquine. Jésus enseigne et multiplie le pain matériel, car ils vont défaillir en route…

Le lac, les collines, tout autour, sur lesquelles la nuit est tombée, un homme seul : il a renvoyé les foules et il prie, dans une intimité ineffable avec son Père… Le lac agité par le vent de la nuit, une barque ballotée et des hommes qui bientôt vont perdre courage.

Il les voit, il se lève et les rejoint. « Confiance, c’est Moi. N’ayez pas peur. »

 
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