A l’écart !
Les mages n’ont pas encore fait leurs bagages que déjà luisent les lumières de la mission du Christ. Terrible commencement avec l’arrestation de Jean-Baptiste. » Quand Jésus apprit l’arrestation de Jean-Baptiste, il se retira en Galilée. »
La liturgie fait des bonds de foi considérables et invite à ces sauts vertigineux que rien n’arrête, pas même le drame.
Jésus se retire par besoin de silence, de retrait, de distance, interrogé et sans nul doute blessé par un événement douloureux, scandaleux qui le touche : l’arrestation de Jean-Baptiste, qui sera décapité. Qui est épargné ? Quel bond de foi pour nous ?
La suite de l’Évangile nous montre un Jésus fort sollicité de tous côtés ; il tire ce qu’il donne de ce lieu de solitude, de cœur à cœur, de vie qui sourd. Il ne se laisse pas engloutir par le mal qui frappe aveuglément. Il commence pour faire face par se retirer, recul pour mieux soutenir le bond…
La souffrance, le malheur, l’injustice, la peur créent un avant et un après, difficilement traduisible en mots. Une fracture a surgi par l’irruption d’un mal. Jésus guérit, enseigne, annonce le Royaume. Il met la lumière de la vie au milieu des ténèbres. Il dérange et le voilà bientôt menacé. Un bond de lumière qui éclaire le fond de la nuit…
De son retrait en Galilée, Jésus se met en route : la vie nouvelle commence et le Bonne Nouvelle se répand, de bond en bond, d’étoile en étoile.
Aujourd’hui encore, la Bonne Nouvelle poursuit sa course : toute vie est déchirée par un mystère plutôt que fracturée. La Bonne Nouvelle ne transfigure-t-elle pas cette fracture en déchirure pour y laisser jaillir dans la nuit la vie autre ? Un bond de foi propulse de la profondeur à la hauteur en vertige d’insaisissable.
Jésus, Lumière du monde, transfigure toute fracture en déchirure, mais c’est de nuit. La foi transfigure car Jésus se penche sur la fracture, la fait sienne et y sème l’espérance, la compassion, la vie éternelle et l’élan de l’Esprit qui met en route… autrement.
Un chemin de grande solitude se creuse accompagnée par l’Esprit, qui console, qui fortifie ; un chemin bordé d’amis qui font signe, un chemin de bonds et de rebonds, inconnus, imprévisibles, accompagnés. Prêts ?
Dès le lendemain de l’Épiphanie, la route est escarpée, n’en soyons pas étonnés, osons nous retirer un peu pour recevoir la Lumière du Royaume et bondir en tenant l’étoile… ou en nous laissant tenir par elle…
L’Esprit nous murmure un lieu de retrait existentiel,
allons par cet autre chemin de vie
pour y puiser la vraie Vie et la manifester au monde !
