Relevez-vous !
Deuxième dimanche de Carême et le désert semble s’illuminer d’une clarté éblouissante. Pour tous ? En fait, Jésus invite trois seulement de ses disciples qu’il emmène à l’écart. Une expérience unique pour trois. Saint Matthieu parle bien de vision. Que lisons-nous et que comprenons-nous ?
De la nuée, une voix disait : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé, en qui j’ai mis tout mon amour ; écoutez-le ! »
Entendant cela, les disciples tombèrent la face contre terre et furent saisis d’une grande frayeur.
Jésus s’approcha, les toucha et leur dit : « Relevez-vous et n’ayez pas peur ! » Levant les yeux, ils ne virent plus que lui, Jésus seul.
Pourquoi une telle frayeur ? Pourquoi cette parole de Jésus ? « Relevez-vous, n’ayez pas peur ? »
Les trois disciples sont seuls avec Jésus et soudain, tout s’illumine, le ciel s’ouvre en quelque sorte et par un rayon lumineux fait entrer les trois dans une vision de paix. Ils voient et entendent Moïse, Elie parlant avec Jésus. Ils reconnaissent sans doute Moïse et Elie par leur connaissance car la voix qui retentit ne révèle que le Fils.
Scène éblouissante d’inouï, de l’Inouï de Dieu qui effraie ces hommes de foi, mais plus les transforme.
Cette lumière éclatante, la parole lumineuse, la présence réconfortante de Moïse et d’Elie crée un vaste espace vertigineux pour ces hommes, vertige de frayeur devant l’Inouï entrevu et leur misère bien là… Abîme entre la sainteté de Dieu comme touché de l’oreille et du cœur et l’abîme de la misère humaine si prégnante et reconnue. Abîme qui renverse, retourne, fait tomber face contre terre ! Abîme de grandeur contre abîme des profondeurs, abîme de bonté contre abîme de péché… abîme de Dieu qui rejoint notre abîme. Or seul le Ressuscité peut le transfigurer, l’assumer, le vaincre en le traversant jusqu’à la lie. Il vient chercher les chercheurs effrayés…
« Relevez-vous ! » Avec un deuxième impératif encore plus saisissant : « n’ayez pas peur ! » Pas peur de cette vision à garder secrète le temps de l’accomplissement.
La Résurrection déchirera le voile de la frayeur pour donner à vivre de Dieu sans peur. Les disciples le vivront à leur heure pour en devenir témoins. Et nous ?
Tomber la face contre terre pour adorer le Seigneur présent dans son absence, parfois ressenti comme bien éloigné encore dans toute expérience de sa présence, en tous cas si insaisissable…
N’ayons pas peur de la Parole
n’ayons pas peur de sa Présence,
N’ayons pas peur de nous retrouver
Seul et sans voix, en chercheurs cherchés assoiffés !
