Tous, sur le rivage !
Vendredi de Pâques : Nous allons à la pêche et nous accompagnons Pierre qui reprend son métier d’homme d’avant l’appel, dit l’évangile de Jean. Nous aimerions tant partir au bord d’un lac et voilà qu’il nous faut le chercher à l’intérieur de nous-mêmes, ce lac ! Il est là… Les célébrations passées, que nous reste-t-il des paroles, des signes, de la Présence du Christ ? Repartons-nous sur notre route d’avant ces jours saints ? Quelles braises nous brûlent ?
Si Pierre va pêcher, c’est sans doute question de bon sens d’abord :il faut manger. Il ne se laisse pas aller à la tristesse d’un après qu’il n’imaginait pas, ni d’une expérience d’une rencontre nouvelle dont il ne semble pas assuré.
Oui sorte de retour à la case départ… tout est fini, l’espérance avait rebondi, en chemin d’Emmaüs, mais le feu manque encore de bois… C’est sans compter sur Celui qui est justement sur l’autre rive. Nouveau bouleversement…
« Quelque temps après, Jésus se manifesta de nouveau à ses disciples. Et voilà comment il se manifesta.
Ce fut la troisième fois que Jésus se manifesta à ses disciples depuis qu’il s’était relevé d’entre les morts. »
Jean insiste : Jésus, relevé d’entre les morts, se manifeste à ses disciples ; il se fait reconnaître ; il va à leur rencontre et se montre Vivant.
Notre foi repose sur ces manifestations. N’allons pas trop vite à lire les récits. Jésus est là, sur le rivage, à l’aube de ce jour nouveau pour nous aussi. Le lac de nos vies est peut-être agité… à sec, peu importe. Jésus attend sur le rivage.
Ils avaient tout quitté, et les voilà à nouveau au bord du lac, partant à la pêche, avec barque et filet. Tous suivent Simon-Pierre : une belle unité dans la faim. Mais, rien ne va plus, ces pécheurs expérimentés passent la nuit sans rien prendre, les filets sont vides.
Une question venant du rivage perce le petit jour : « Les enfants, avez-vous quelque nourriture ? »
L’inconnu sur le rivage entre dans la pêche et prend les choses en main : « Jetez le filet à droite de la barque ! » Aussitôt entendu, aussitôt fait, aussitôt pris ! Aussitôt reconnu par le disciple que Jésus aimait ! Aussitôt Pierre se jette à l’eau. De la lenteur du soir, de la langueur des cœurs, à une rapidité d’action sous le coup d’un sacré coup de filet…
Jésus se manifeste là, dans ce filet jeté sur sa parole. Il le manifeste dans cet homme qui se jette à la mer sur la parole de l’ami. Tout s’emballe et surprend. Tout s’éclaire près du feu de braises où déjà du fretin grillé et du pain attendent les pécheurs. Décidément, le poisson grillé est à la fête…
Le rivage de la résurrection nous attend : à nous de jeter le filet, à nous d’entendre « C’est le Seigneur ! », à nous de nous jeter à l’eau sans craindre la noyade de la peur. Il est là, la table est prête !
Depuis quelle barque ?
Avec quel filet ? En compagnie de qui ?
Lui, est sur le rivage, il fait signe !
