Dans la Lumière ?
Premier mai, St Joseph, travailleur, mémoire ou vendredi de la quatrième semaine du Temps pascal. Pour ne pas perdre cette relecture pascale de saint Jean, poursuivons par un saut dans l’évangile pour nous retrouver au discours avant la Passion. Long testament spirituel de Jésus en quelque sorte qui garde les disciples bien silencieux, malgré tant de questions qui brûlent leur cœur, réceptacle précieux s’il en est.
Les éclats d’audace brillent : « Seigneur, nous ne savons même pas où tu vas ; comment pourrions-nous savoir le chemin ? »
Jésus veut rassurer ses disciples qu’il sent bouleversés, perdus, sans repère, sans vraie vision. Alors il leur assure qu’il ne les abandonnera pas. Il les tourne une fois encore résolument vers le Père. « Je pars vous préparer une place. » « Dans la maison de mon Père, beaucoup pourront trouver leur demeure. » Comment entendons-nous ces paroles rassurantes pour nous ?
Tourner le regard vers un ailleurs inconnu demande beaucoup de foi, de force et d’espérance. Jésus connaît le cœur des hommes, il sait quelle opacité les freine, les empêche de courir sur les voies de la vie. Nous sommes bien concernés aujourd’hui et pourtant brûlés de cet amour vivant chaque instant renouvelé.
Sa parole se fait douce, prudente, mais ferme. « Pour aller où je m’en vais, vous savez le chemin. » Elle surprend cependant, car qui sait le chemin, « Nul ne sait l’heure, pas même le Fils. » Du doute à la pelle, oui ! Et encore aujourd’hui, non ?
Un des douze, Thomas, ne craint pas de dire qu’il ne comprend pas ; ses yeux de la foi ne sont pas encore ouverts à la réalité divine de celui qu’il côtoie, de celui en qui il a mis son espérance. Il ne voit qu’un homme, un bon pasteur, un bon médecin, un bon maître, un bon pédagogue, mais il ne sait pas encore… Et il lui faudra une nouvelle traversée du doute pour croire et se jeter à corps perdu dans le Feu de l’amour : « Mon Seigneur et mon Dieu ! »
Jésus affirme alors sans plus de parabole, de façon péremptoire et quasi inattendue : « Moi, je suis le chemin, la vérité, la vie ; personne ne va vers le Père sans passer par moi. »
Quel éclairage apportent ces mots pour les disciples ? Aucune autre réaction que le silence, le blanc dans le récit. La porte d’entrée pour chacun de nous… Car avouons-le, sur la route escarpée de la foi, ces mots de révélation n’éclairent guère… seulement feux de position ? Le chemin demeure bien caché… Même après Pâques et tout ce qui s’est illuminé, demeure le doute, ou plus encore.
Car ce visage du Christ, le cœur de notre foi, la personne du Christ, c’est de foi que nous la voyons, c’est de foi que nous l’entendons, c’est de foi que nous l’aimons, c’est de foi que nous le connaissons et le faisons connaître. Foi reçue des témoins, foi transmise par des témoins… dont nous sommes !
Nous avons la Parole et l’Esprit qui éclairent le pas à pas de nos existences sur le chemin de vie que Jésus est. Grande lumière pascale qui n’éblouit pas mais brille inlassablement au fond des vallées comme au sommet des montagnes, au carrefour de nos choix comme au pied du mur de nos impasses. Lumière de solidarité, de sobriété et de modestie. Lumière de vie nouvelle, lumière qui est Visage et qui se reflètent sur tous les visages… même les plus défigurés.
Sans relâche disponibles à la lumière pascale,
tenons cette fragile flamme ardente,
Par sa Lumière, nous verrons la lumière,
dans les yeux de nos frères…. chemin, vérité, vie !
