La meilleure part ?
Nouvelle question du jour : « Seigneur, cela ne te fait rien ? Ma sœur me laisse toute seule à faire le service. Dis-lui donc de m’aider. »
« Marthe, Marthe, tu t’inquiètes et tu t’agites pour bien des choses. Une seule est nécessaire. Marie a choisi la meilleure part : elle ne lui sera pas enlevée. »
Dialogue si connu entre Jésus et Marthe qu’il semblerait ne plus rien avoir à nous dire mais, ce matin, encore laissons-nous accrocher par tel ou tel mot qui résonne au fond de nos vallées intérieures, illuminées du quotidien unique à chacun et de tout ce qui resurgit des paroles et des gestes du Pape Léon XIV.
Un détail déjà, Jésus entre chez Marthe. C’est sa maison, c’est elle qui le reçoit. Et il est précisé qu’elle a une sœur, Marie. Marie est-elle reçue chez sa sœur Marthe, comme Jésus ? Invitée comme lui ? Pourquoi évacuer l’hypothèse et entendre autrement. Marie s’installe en invitée de sa sœur avec l’autre invité, Jésus. Elle l’écoute. Situation plutôt banale, non ?
Alors pourquoi cet agacement de Marthe ? « Ma sœur me laisse toute seule« . La sororité exige-t-elle le partage des services, la dépendance? Elle ne peut pourtant se construire sur le « faire pareil » ou encore le partage strictement égal des tâches. L’altérité engendre la croissance de l’être, peut-être bien la seule chose nécessaire ? Chacune a sa place, et la nôtre où est-elle ?
Jésus pointe dans la parole de Marthe de l’inquiétude, de l’agitation. Marthe veut en faire beaucoup pour bien accueillir. Trop, trop pour Jésus. Ce trop, ce « tout faire pour » sème l’agitation et l’agacement. Dommage de passer à côté du nécessaire. Un « Trop », un « tout faire » dans la pensée de Marthe n’est plus alors accordé à l’hôte qui est là.
Ce que Jésus attend n’est pas une multitude de choses, mais une présence, une présence de l’être avec, peut-être bien la chose nécessaire pour faire grandir la relation et donc la paix. Chacun a sa mission, et la nôtre, quelle est-elle ?
Comme pour mettre un point d’orgue au dialogue, Jésus affirme à Marthe que Marie a fait le meilleur choix. « Elle a choisi la meilleure part. » Marie a choisi. Verbe riche de sens dans la bouche de Jésus. « C’est moi qui vous ai choisis... »
Choisir suppose un discernement. Rien n’est dit de ce choix de Marie, de son cheminement intérieur pour avoir pris cette décision de rester là à écouter Jésus sans rien faire que d’écouter assise à ses pieds. Choix libre et personnel.
Choix de ne rien faire que d’écouter, voilà la meilleure part qui a toute la place. Et quel choix pour nous ?
Une écoute amoureuse, qui immobilise n’est-ce pas la chose nécessaire qui dépouille en enrichissant de la Présence ?
Tout nous conduit à pressentir que l’unique nécessaire s’appelle « unité intérieure » ou intériorité qui met en relation avec la Source. Intériorité qui, éclairée et informée par la lumière de la foi, reconnaît Dieu sous le voile de l’humanité de Jésus, sous le voile du quotidien, sous le voile du petit de la porte d’à-côté.
Sommes-nous à la recherche de cet unique nécessaire jusqu’à choisir une sobriété de vie, par exemple ? Des saints, des témoins nous accompagnent, St Bruno, Ste Bernadette, tous ceux que nous avons pu voir et entendre : « les saints d’aujourd’hui, c’est vous!«
Oui, les saints eurent tous cette écoute attentive,
à l’école de Marie, la sœur de Marthe, et nous ?
Lui, Le Seul, L’Unique, le Bien Aimé,
sera-t-il notre Maître intérieur, notre Unité, notre Paix
qui ouvrira tout au long du jour, nos yeux pour voir en sœur, en frère ?
