L’heure du glaive ?
Réveil brutal par la Parole qui sort du silence de la nuit : ce glaive parfois bien incisif nous réveillera-t-il vraiment ? Comment ne pas nous arrêter en route et rebrousser chemin en laissant Jésus et les disciples en formation ? Oh rude perspective qui pourtant ne sonne pas totalement faux.
« Ne pensez pas que je suis venu jeter la paix sur la terre, je ne suis pas venu jeter la paix, mais le glaive ! » Allons jusqu’au bout du texte pour boire une eau moins amère : « Et celui qui donnera à boire, même un simple verre d’eau fraîche, à l’un de ces petits en sa qualité de disciple, amen, je vous le dis : non, il ne perdra pas sa récompense.«
Les verbes doivent retenir notre attention dans tout ce passage qui achève l’ensemble des instructions de Jésus, le grec dit « quand il arriva que Jésus eut fini prescrivant aux douze disciples, il s’éloigna... »
Ces paroles prescrivent aux douze, elles prescrivent d’abord un être, l’être de fils pour recevoir le Royaume en héritage.
Ces paroles prescrivent le faire cohérent à cet être de fils, qui est de construire le Royaume par une vie de disciples.
Elles prescrivent encore le chemin de la terre vers le ciel que Jésus trace, chemin qui passe par la Croix et qui sépare le bien du mal, la vie de la mort, les ténèbres de la lumière. Alors, elles décrivent, oui, un chemin vrai. Jésus ne fait pas illusion, ne séduit pas.
Ses paroles prescrivent, elles ne prédisent pas, elles prescrivent l’être, l’agir et le mouvement : en fait, jeter, séparer, arracher sa croix, pour la porter, perdre sa vie, la trouver, accueillir jusqu’à donner un simple verre d’eau fraîche ou encore une belle joie, une grande fierté. Ses paroles prescrivent un art de vivre qui sème à temps et contre temps la Bonne Nouvelle, le bon grain du Royaume. L’heure du glaive ? Non, plutôt l’heure de la vérité.
Ses paroles annoncent ce qu’il vivra lui même, Lui, qui est Le Chemin, La Vérité, La Vie. Il ne jette pas la paix en simple appât ou objet tout fait… qu’on jetterait si facilement… il jette le glaive de la Parole qui sépare et crée, qui sépare et sauve, qui sépare et donne espace pour vivre. Sans doute avons-nous à accueillir ces mots autrement : « jeter, paix, glaive, séparer, croix«
Et cet autrement consiste peut-être à Le suivre en lui faisant confiance, Lui qui est passé de la mort à la vie, de la terre au ciel, des disciples au Père en déchirant le voile qui nous séparait de Lui. Confiance de présence victorieuse de la mort, confiance dans l’absence qui nous ouvre un espace pour devenir à notre tour grain offert pour les autres…
Cet autrement plonge ses racines dans sa Parole qui fait ce qu’elle prescrit : tout commence pour nous par voir à qui donner ce simple verre d’eau fraîche, et c’est urgent. Voilà bien l’origine de la vraie paix !
N’ayons pas peur du glaive de la Parole,
de Sa Parole, grain jeté en terre, mémorial de son amour !
C’est bien notre heure, l’heure de ce grain de Vie, sans feux d’artifices !
