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Nuit !

Mercredi saint : Saint Jean passe la plume à saint Matthieu. Impression de déjà entendu, vu, fait et pourtant, il nous faut faire ce pas de l’aujourd’hui de Dieu pour nous, avec nous. Il nous faut entendre résonner ces mots de Jésus, de Judas, de saint Matthieu qui livre le message… Aujourd’hui, chercheurs cherchés par la Parole, de nuit.. car oui, c’est bien nuit ! ll fait nuit.

Tout va mal et plus que cela, tout est nuit, nuit obscure, nuit sans lune ni étoile, nuit sans oiseau…. nuit de souffle suspendu. Que se passe-t-il ?

Gros zoom sur les Douze ! Qui sont-ils, ces hommes choisis par Jésus, pour être ses disciples, ses amis, ceux qui partagent les secrets du Royaume, les petits à qui Dieu révèle les mystères cachés ? Qui sont-ils pour avoir été choisis ? On peut se le demander au regard de ce moment dramatique qui découvre chacun bien peu ami de Jésus…

Regardons-les de près, le cœur à l’écoute d’une parole autre, d’une parole qui vient du cœur de Jésus lui-même. Parole dans la nuit, parole de désir, parole de vérité.

Simple déplacement ? Non ! Grand bouleversement pour nous aussi, car tout s’effondre, tout file entre nos doigts, tout semble du vent, vent de tempête que nul n’a vu venir.
Que dit Jésus ? « L’un de vous va me livrer. »

Ce qui compte, à cette heure, pour Jésus, c’est de poursuivre sa marche, « le temps est proche« , et d’accomplir ce pourquoi, lui il est là : Accomplir la Pâque, avec ses amis, avec les Douze, avec ceux qu’il a lui-même appelés, enseignés, avec qui il vit depuis le commencement. Ce repas de la Pâque, tous le désirent, le préparent. Tous, le cœur pur ? Déjà, nous savons qu’un parmi les Douze cherche à livrer le maître, pour trente pièces d’argent. Pourquoi saint Matthieu l’annonce-t-il ? Quel effet sur nous ?

Le zoom se rapproche subitement, gros plan sur …
Sur Judas qui est mis à nu pour nous. Dans quelle intention ? Notre regard est comme orienté par le récit, il fixe Judas, l’interroge, le scrute, à en oublier les autres. Le drame qui se joue a quelque chose d’effroyable, trente pièces d’argent contre la vie du Fils de Dieu… Nuit qui nous fige, nous paralyse. Nuit de nuit.

Quel contraste entre la paix qui émane de Jésus demandant la préparation de sa Pâque et la bouchée qui signe le traitre.  » Serait-ce moi ? » Jeu d’ironie, de provocation ? Le récit porte un fort goût amer devant ce Judas quasi cynique… Dégoût de la nuit ?
Dans le cœur de Jésus, pure miséricorde, de la pure innocence . Dans le cœur de Judas, pure injustice, violence, pur cynisme : tout cela présent, mêlé, dans le cœur de l’homme… Chercheurs cherchés dans les profondeurs de la nuit.

Judas en cachette traite l’affaire : il livre Jésus pour trente pièces d’argent. Jésus, librement, ouvertement, demande que la Pâque soit préparée. En nous, quelle part obscure se sent touchée ? Où est notre judas ? Où est notre nuit noire déjà illuminée par la Lumière de la Vie ?

Tout ce qui est caché sera révélé, à la lumière du Christ, de sa miséricorde ! Mais Judas ne sait pas, il est enfermé dans son humanité sans horizon. Jésus ne l’abandonne pas. Il lui parle jusqu’au bout. Où que nous soyons, Jésus vient au devant de nous. Il nous arrache aux puissances des ténèbres : il nous arrache au mal, en nous tendant une main. Chercheurs cherchés de nuit par une main tendue… la saisirons-nous ?

pour écouter le billet https://www.benedictines-ste-bathilde.fr/wp-content/uploads/2026/03/nuit.mp3