Parole de vie !
La fin du discours sur le pain de vie n’entre pas du tout dans les clous de la course au pouvoir du monde actuel et tant mieux. Elle nous accompagne sur ce chemin d’Emmaüs emprunté depuis Pâques. Il semble long, mais n’est-il pas tout simplement notre chemin de vie de la terre au ciel ?
Cette fin oblige à une totale inversion, conversion, pour entrer dans la vie. La vie du monde tient à une Parole, pas n’importe laquelle : la Parole de Vie, Parole faite chair, Parole crucifiée, mise au tombeau, tue, et ressuscitée. Parole que nul ne peut arrêter ou contenir… Parole de Dieu !
« Ma chair est la vraie nourriture, et mon sang est la vraie boisson. Celui qui mange ma chair et boit mon sang demeure en moi, et moi je demeure en lui.
De même que le Père, qui est vivant, m’a envoyé, et que moi je vis par le Père, de même aussi celui qui me mangera vivra par moi. »
Question de vie, question de nourriture, question de relations : questions pour nous en chemin.
Pain, vin, chair, sang, demeurer, vie, envoi, Père, je, manger, boire : tous ces mots ne vont pas ensemble, ne sont pas faits pour se conjuguer ensemble et pourtant ensemble, ils murmurent au plus profond du cœur, une attente, une espérance, un sens. Ils brûlent comme braises de résurrection…
Ces mots, porteurs de réalités très concrètes, semblent prendre corps et sens. Ils font brèche à force d’être remués, murmurés, triturés, dans tous les sens. La pierre de nos tombeaux a été roulée, comment vivons-nous en ressuscités ?
Une petite lueur pascale dessine un chemin : demeurer, demeurer en lui comme lui demeure en nous. Christ, notre vie, est vivant et demeure en nous, ne nous laissant jamais seul. Comment cette vérité fait sens ?
Mystérieusement, cette Parole prend corps en nous. Mystérieusement, oui, mais pas magiquement, encore moins ésotériquement ou mentalement, idéologiquement.
Mystérieusement, parce que ce Mystère de la vie ne vient pas de nous, mais d’un Autre, et que cet Autre a pris visage, un jour, celui du serviteur lavant les pieds de ses disciples, traversant les ravins de la mort et sortant victorieux du tombeau ! Ce mystère fait sens pour toujours.
Comment nous laisser toucher, traverser, habiter par sa Parole de vie ? Elle nous irrigue, nous lave, nous inonde, pour jaillir à certains endroits de notre route, en source vivifiante, en puits avec d’autres, pour d’autres… pour tous.
Aujourd’hui, la Parole de vie coule.
L’Eucharistie est offerte.
C’est le Seigneur qui fait signe.
