Question de barque !
Bien du mouvement dans l’air, pour un matin qui semblait être comme les autres, mais à la veille du Carême, il faut se préparer dans la confiance et là, tout peut arriver. Les disciples sont dans la barque. Ils paniquent.
La vie s’anime : traversée d’un lac, descente de la barque, marche à travers villes, villages, champ et cette foule qui court pour des infirmes, multiplications des pains, gestions des restes, en fait que sont-ils devenus ? Oui, qu’en ont fait les disciples, si imprévoyants ? Car vite, tout le monde est remonté dans la barque non sans quelques mouvements de fond, car les pharisiens ne sont guère apaisés et les foules toujours affamées.
Une impression domine : une certaine inquiétude, ça flotte dans l’air. La barque tangue. La raison de l’inquiétude finit par surgir du dialogue insistant de Jésus avec les disciples. Il semble plus qu’étonné : « Pourquoi discutez-vous sur ce manque de pains ? Vous ne saisissez pas ? Vous ne comprenez pas encore ? Vous avez le cœur endurci ? Vous avez des yeux et vous ne voyez pas, vous avez des oreilles et vous n’entendez pas !«
L’inquiétude n’est pas justifiée pour lui : ce manque de pain ne devrait pas prendre toute la place et surtout la première. Jésus houspille les siens, « n’avez-vous donc pas compris ? » Il voudrait qu’ils saisissent plus vite, plus profondément, plus radicalement, une bonne fois pour toutes. Mais eux restent en dehors, figés par le manque.
Laissons-nous saisir par cette question, pleine d’attente et d’étonnement teinté de colère et d’impatience. Un bond de désir pour aller au désert, laisser notre désir être affiné, purifié, approfondi… un bond de liberté.
Belle remise en question profonde : accueillir notre lenteur à comprendre Jésus et son mystère et y consentir simplement en cherchant à Le rencontrer cœur à cœur.
Y consentir avec un désir, un désir fort, plus fort que tout : celui de comprendre que nous sommes nourris, sauvés, aimés, tous, saisis par la folie d’amour du Père qui ne veut perdre aucun de ses enfants.
Oui, question de barque qui nous invite à sortir de la nôtre, pour aller de l’avant avec le Sauveur, au désert, pour un surcroît d’amour, un surcroît de paix, un surcroit de fraternité.
Débarquons,
la liberté intérieure est à quai,
Le désert intérieur à flot !
