Tous saints !
Tous interpelés par cette Toussaint si troublée, douloureuse et tragique. Loin de fuir notre réalité quotidienne marquée de violence, de peurs, d’incertitudes, de restrictions en tous sens, comment croire en une parole qui invite à lever les yeux vers la Parole pour y puiser un goût de vie, un goût de sainteté, un goût d’espérance. ? Humblement, dans le silence du cœur, dans le retrait d’un instant de confiance, dans l’accueil de larmes bienfaisantes… Prêtons l’oreille de notre cœur.
« A la vue des foules, Jésus monta dans la montagne. Il s’assit, et ses disciples s’approchèrent de lui. Et prenant la parole, il les enseignait. »
Jésus marche, les foules accourent ; il monte sur la montagne, les foules s’approchent. La Bonne Nouvelle met en route, c’est sûr. Depuis la course du Matin de Pâque, rien n’est plus pareil et qui le sait ? Chaque matin, le Vivant éveille nos cœurs. Chaque matin, il frappe à notre porte. Chaque matin, il murmure le nom du Père et invite à être, être heureux. Comment entendre ?
La Bonne Nouvelle parcourt le monde ; d’un bout de la terre à l’autre, elle fait se lever des hommes et des femmes empressés de porter l’heureux message du salut pour tous, et donc à tous. D’abord à ceux qui l’attendent : les pauvres, les opprimés, les affamés. Pourquoi tant de haine rencontrée et tant d’obstacle à la course des artisans de paix ?
Où puiser l’énergie de la sainteté ? Où s’abreuver ? Où se recevoir porteurs de ce message pascal ? Où ? Ne reculons pas devant nos églises meurtries… le Puits de la vie coule en abondance du côté ouvert à jamais. Où courons-nous ? Qui nous indiquera la Source ? A qui la montrons-nous ? Comment vivre en miséricordieux ?
Jésus s’assit et les enseignait !
Le cœur du message, tellement bouleversant, cet appel à être heureux, presque insolent, indécent et parfois inaudible, ne peut se recevoir, s’entendre, se boire et faire son chemin, qu’assis, en recul, en passivité d’être. Comment nous découvrir pauvres de coeur, tous ? Tous, pauvres.
Dieu fait quand nous ne faisons rien. Dieu répare, sculpte, écrit, peint, creuse et remplit, se donne en plénitude, quand nous nous reposons en lui, sur lui, avec lui. Dieu nous façonne à sa mode, heureux. Et nous confie les uns aux autres pour devenir les uns avec les autres et par les autres, heureux. Comment devenir affamés, assoiffés de justice ?
Heureux dans le silence et le repos en Dieu, de Dieu, septième jour qui par la résurrection devient huitième : cœur même de la conversion de pécheurs en pécheurs pardonnés, devenus saints et bienheureux. Comment nous réjouir d’allégresse ?
Le cœur, le fondement et les fondations de l’être heureux sont là, en ce jour à portée de main, comme révélation d’un être autre, celui de nous laisser habiter paisiblement, de nous laisser faire et refaire, de nous laisser sauver, illuminer, transfigurer, sanctifier. Un lâcher prise si actif et intégral, si minime et radical… Comment en être témoins ?
Bienheureuse étincelle qui nous immobilisera en Dieu, le temps d’un enseignement, d’un repas partagé, d’un repos, d’une rencontre sur un sycomore, d’un signe sur le rivage ! Jésus nous rejoint, découvrons-le dans notre aujourd’hui de la Toussaint, dans la joie, dans l’espérance, dans les larmes, dans la peur ou la colère.
Secret d’amour, d’un être avec,
manifesté par nos frères les saints visibles à nos yeux,
pour ouvrir notre vie au Vivant !
OUI, sainteté à portée de vue, à portée de vie, à portée de cœur, humblement…
