Vers toi !
Le discours d’adieu de Jésus n’a rien d’un au-revoir rapide, dans l’émotion du drame. Il est le fruit d’une longue méditation des événements après la Pentecôte, d’un travail de mémoire à la lumière de l’Esprit. Aussi ces mots reflètent-ils le chemin parcouru par les disciples animés par l’espérance pascale, par la Parole vivante, par l’amour livré. Ils reflètent non seulement les semences du Verbe mais déjà les fruits de l’Esprit en eux et tous ceux touchés par la Bonne Nouvelle.
« Je prie pour eux ; ce n’est pas pour le monde que je prie, mais pour ceux que tu m’as donnés : ils sont à toi, et tout ce qui est à moi est à toi, comme tout ce qui est à toi est à moi, et je trouve ma gloire en eux.
Désormais, je ne suis plus dans le monde ; eux, ils sont dans le monde, et moi, je viens vers toi. Père saint, garde mes disciples dans la fidélité à ton nom que tu m’as donné en partage, pour qu’ils soient un, comme nous-mêmes. »
Jésus s’adresse à son Père, dans une prière d’une densité impressionnante.
Je prie pour eux, par pour le monde…
Je ne suis plus dans le monde, je viens vers toi.
« Dans le monde, du monde, le monde » semblent s’opposer à « Père, toi, moi, eux ». Mais peut-être nous faut-il entendre une articulation plus qu’une opposition, une séparation de communion et non d’exclusion, un passage et non une rupture. Oui séparation et non rupture. Séparation salutaire donnant capacité à tout homme de devenir membre du Corps du Christ ressuscité.
Deux verbes jouent en notre faveur : donner et garder, eux-mêmes articulés par le verbe être ! Quelle construction théologique pour nous introduire dans l’être divin au pas à pas de notre consentement afin que nous devenions nous aussi êtres greffés sur l’Olivier.
Comment gardons-nous le nom de Dieu qui nous garde ?
Comment recevons-nous le don de Dieu qui nous donne la vie ?
Comment inscrivons-nous notre « être avec » parce que Lui est Un avec le Père qui est Un avec le Fils ?
Ne nous affalons pas ! L’Esprit vient au secours de notre pauvreté pour tout articuler et mettre de la lumière là où l’obscurité nous plonge dans le doute, la nuit, la peur. L’Esprit murmure à notre esprit les mots rassurants du Fils, « N’ayez plus peur ! »
Une seule chose nécessaire pour aujourd’hui, garder le cœur ouvert au murmure de l’Esprit qui assure au secret du silence offert que nous sommes concernés, aimés, sauvés, regardés, par Dieu. Jésus prie pour nous son Père, non pour nous retirer du monde, non pour nous mettre à part, mais pour nous tenir dans son Nom, son Nom de sainteté et nous apprendre à devenir fils, filles.
Viens Esprit Créateur,
visite les cœurs de tous les hommes,
donne tes sept dons sacrés,
garde nos silences en ta présence !
