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Vanves

Homélie des obsèques de Sr Colomban

(23 juillet 2021 à Vanves)

Chères Sœurs de la Congrégation, chère Famille, chers Amis de bien des horizons,

Nous tous réunis en deuil ; il est à la mesure de notre reconnaissance pour tout ce que nous avons reçu de Françoise, de Sœur Colomban au fil des années.

Mais dans cette heure nous ne voulons pas parler de ses relations avec nous ni à peine de ses œuvres multiples auxquelles elle s’était adonnée avec l’ingénuité et la fidélité que nous lui connaissons. Car pour maintenant, Françoise a prévu autrement : Elle a voulu que nous nous mettions à l’écoute d’un verset du Prophète Jérémie qui nous parle d’une relation qui précède et qui prime toute autre. Puisque c’est Dieu, l’Eternel et l’Insondable qui lui a fait irruption :

« Seigneur, tu m’as séduit et je me suis laissé prendre ; tu m’as forcé la main, tu as gagné. Si j’en viens à me dire : Je veux l’oublier, je ne parlerai plus de la part de Dieu, il y a alors au plus profond de moi comme un feu intérieur qui me brûle. Je m’épuise à le maîtriser, mais je n’y parviens pas. « 

Parole d’un homme de jadis, mais aussi regard en arrière d’une femme qui ne pouvait trouver mieux pour s’expliquer sa propre vie ni pour nous la faire comprendre.

Cette vie donna l’air d’être bien tracée à l’horizontale. A l’âge de ses 17 ans et au milieu de l’invasion des troupes allemandes, son camarade d’école Jacques Schweitzer et Françoise se sont promis pour la vie, mais quelques mois plus tard Jacques est mort accidentellement, englouti par la Drôme.
Françoise commença des études à la Faculté de médecine dans Paris occupé. Son but alors : une fois docteur, elle rejoindrait Albert Schweitzer, l’oncle de Jacques, au Gabon.

Mais après une retraite dans le monastère bénédictin de Vanves en décembre 1941 elle commença son chemin monastique : d’abord en tâtonnant, puisque rien ne lui était vraiment clair dans sa foi, en désespérant parfois de sa vocation, jusqu’à finalement oser prendre tout ce que lui arrivait comme son propre appel de Dieu.  En septembre 1950, elle répondait par sa Profession Perpétuelle. Mainmise de Dieu sur cette vie au-delà des décennies, puisque 70 ans plus tard elle nous la propose toujours comme le signet de son vécu : « Seigneur, tu m’as forcé la main. Oui, il fallait que Dieu soit vraiment fort, pour me gagner », dit-elle.

Chemin monastique : chemin de mission pour témoigner des bienfaits de Dieu pour l’humanité tout entière. Quant à Sœur Colomban, elle sera vingt ans au Vietnam : D’abord Prieure de la communauté de Ban Me Thuot, elle la quitta pour rejoindre le peuple montagnard : existence avec Sœur Marie-Boniface en dehors des structures, vie sans privilèges, au ras du sol et sous les bombes, union inconditionnelle avec les habitants. De tout cela, Françoise nous a laissé quatre volumes de grande envergure de synthèse : elle nous fait découvrir le spirituel dans l’historique et l’anthropologique : conférences et films s’ensuivirent. En même temps elle travaillait à la sauvegarde des légendes mythiques des montagnards, jusqu’ici seulement transmises à l’oral. Elle les écrivait directement en langue rhadée et les traduisait en français : afin que rien ne soit perdu pour le trésor de l’humanité.

La réinsertion dans la vie monastique à Vanves fut difficile et après cinq ans d’essai elle vécut  et travailla hors du Monastère à la Mission Populaire, la Maison Verte et la Paroisse de Saint Bernhard, vêtue comme nous autres, mais ne lâchant jamais sa Profession Perpétuelle. « En avril 2016 Mère Marie-Madeleine m’a largement ouvert les portes de Vanves, m’offrant d’y vivre, les mains vides, ma dernière étape au cœur de la communauté. »

Chemin monastique – chemin christique, puisque Dieu a pris chair, il s’est révélé dans son abondance en Jésus de Nazareth.
Pour nous l’offrir comme frère et compagnon, Françoise a choisi le récit de Luc qui nous fut lu tout à l’heure en ajoutant son commentaire militant : « Ici c’est le maitre qui sert, lui-même prend le tablier. Voilà le renversement de tous les codes sociaux. »

En ce Christ qui renverse, qui libère, qui a une tendresse particulière pour les démunis et qui console ceux qui lui pleurent leur souffrance, notre sœur a mis toute sa confiance ici-bas et pour l’au-delà de sa vie.

Pour encore nous entourer de son amour, elle nous dit son adieu en nous offrant l’image de Dieu qui séduit : en dernière page son Christ nous sourit.

Ainsi est-il. Amen.

Pasteur Kurt Anschuetz, Berlin
ami de sr Colomban

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