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Etoy


   Un petit village de la campagne vaudoise, au milieu des vignes, entre Genève et Lausanne, dominant le Lac Léman. Un clocher pointu, qui a bravé les siècles, passant des chanoines du Grand Saint Bernard à la Réforme (avec des cloches électrifiées par Bodet-Trémentines), une institution l’Espérance accueillant des personnes handicapées, une paroisse réformée vivante.

            Un médecin catholique, le Dr de Mestral hérite d’une grande maison située près de l’Eglise et qui se trouve inoccupée. Avec sa femme, ils décident de faire de cette maison un lieu de prière pour l’Unité, cette intention leur tenant particulièrement à cœur, s’appuyant sur Jn 17,21 : « Qu’ils soient un en nous pour que le monde croie que tu m’as envoyé ». En accord avec les autorités des Eglises : l’Eglise Réformée du canton de Vaud et Mgr Mamie, évêque de Fribourg, Lausanne, Genève, ils cherchent des communautés protestantes et catholiques désireuses de prier pour l’unité des chrétiens. Les Diaconesses de St Loup (Suisse) sont partie prenante du projet ; une série de circonstances conduisent les de Mestral à s’adresser à la France et c’est ainsi que les Diaconesses de Versailles et la Communauté de Martigné sont sollicitées. Ce projet, dans la droite ligne des intuitions de notre Mère Fondatrice, nous séduit, mais nous sommes si peu nombreuses. Des rencontres de connaissance réciproque, de mise en place du projet s’élaborent au long de l’année 76 et, fin 76, alors que nous ne sommes que 20, deux soeurs Sr Jacques et Sr Odile sont directement engagées avec deux diaconesses de St Loup, Sr Germaine et Sr Marie-Madeleine et une diaconesse de Versailles, Sr Claude. Les soeurs sont soutenues par leurs communautés respectives et, s’il y a une Fraternité des Soeurs, il y a aussi , à un autre niveau, une Fraternité des Supérieures des trois communautés représentées. Les Soeurs se sont installées dans cette maison, à Etoy, le 21 février 1977 pour l’entrée en Carême et l’accueil du village a toujours été marqué d’attention, de respect et de beaucoup de sympathie, peut-être même plus vis à vis des Soeurs catholiques que des Soeurs protestantes.

    Nous vivions très humblement, très simplement, une présence de prière dans ce petit village où les catholiques, auparavant, étaient peu connus, respectés certes, mais pas toujours désirés. Nous vivions l’Office – et il était rare qu’il n’y ait personne,- une vie fraternelle exigeante car nous n’étions que 5 avec des traditions différentes, et l’accueil de groupes ou de personnes individuelles. La grande souffrance a été l’Eucharistie que nous ne pouvions partager, car si nous priions pour l’Unité de nos Eglises, nous n’anticipions pas sur ce que vivent nos Eglises. Mais dans la simplicité du quotidien nous faisions tout ce qui était possible et notre vie de prière toujours ouverte était ce rappel, cet appel à l’Unité. Deux pasteurs et deux prêtres nous ont accompagnées et aidées à réfléchir, à approfondir notre foi, à faire les mises au point nécessaires.

  Au cours des ans, les Soeurs ont été appelées à être remplacées et quitter ce lieu et cette mission n’ont jamais été faciles.

  Et pourquoi avons-nous été amenées à partir en 1992 après 15 années ?

  Nos communautés vieillissent et nous ne pouvions plus assurer une présence tant du côté catholique que du côté protestant. Ce n’est pas sans déchirement qu’il a fallu fermer la Fraternité d’Etoy. Mais, en fait, est-elle fermée ? L’Unité est un don de Dieu que nous avons à recevoir selon son dessein, et notre prière, ici ou à Etoy, sera toujours de supplier le Seigneur de nous accorder à son désir.

            Le village reste très ouvert, très disponible à cet appel à l’Unité des chrétiens. Nos trois communautés de St Loup, Versailles et Martigné approfondissent leurs liens au long des années et c’est pourquoi je considère ce vécu d’Etoy comme une pierre d’attente sur ce chemin de « l’unité parfaite » que nous demandons à chaque Eucharistie avant la communion.